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World’s Fair 1964 : comment Ford et Walt Disney ont lancé la légende de la Mustang

Le 17 avril 1964, Ford présente officiellement la Mustang au public. Son succès est immédiat. En quelques mois, le nouveau modèle devient un véritable phénomène et bouleverse durablement l’industrie automobile américaine.

Pourtant, une partie de cette histoire reste souvent méconnue. Quelques jours après sa présentation, la Mustang occupe une place centrale à la World’s Fair 1964 de New York, l’un des plus grands événements internationaux de l’époque. Des millions de visiteurs découvrent alors la nouvelle Ford au cœur d’une attraction spectaculaire imaginée par Walt Disney : le Magic Skyway.

Bien plus qu’une simple exposition, le pavillon Ford propose une expérience immersive. Les visiteurs embarquent à bord de voitures spécialement préparées pour traverser des paysages préhistoriques peuplés de dinosaures animés, avant de découvrir la vision de Ford pour les routes du futur.

Plus de soixante ans après les faits, les archives de Ford Motor Company, les collections du Benson Ford Research Center, les documents du National Historic Vehicle Register et de nombreuses photographies d’époque permettent de reconstituer cette aventure avec une précision remarquable.

Des premiers plans du pavillon au destin des Mustang utilisées sur le Magic Skyway, cette histoire nous ramène au printemps 1964, lorsque Ford et Walt Disney décidèrent de transformer le lancement d’une automobile en véritable spectacle.

Pourquoi Ford choisit la World’s Fair 1964

Au début des années 1960, Ford prépare le lancement d’un modèle entièrement nouveau. Sous l’impulsion de Lee Iacocca et du Fairlane Committee, le constructeur souhaite conquérir une nouvelle génération d’automobilistes.

L’objectif est clair : proposer une voiture sportive, élégante et abordable, capable de séduire les jeunes familles comme les premiers acheteurs.

Pour accompagner ce lancement, Ford cherche une vitrine à la hauteur de ses ambitions. La World’s Fair 1964, organisée à New York, apparaît rapidement comme une évidence. Pendant deux saisons, l’exposition doit attirer des dizaines de millions de visiteurs venus des États-Unis et du monde entier pour découvrir les innovations qui façonneront le futur.

L’événement offre une visibilité sans équivalent. Chaque grand constructeur américain y dispose de son propre pavillon, mais Ford voit beaucoup plus grand. L’entreprise ne souhaite pas seulement exposer ses modèles : elle veut créer une expérience capable de marquer durablement les esprits.

Le calendrier est particulièrement favorable. Présentée au public le 17 avril 1964, la Mustang bénéficie cinq jours plus tard de l’ouverture de la World’s Fair. Ford dispose alors d’une scène exceptionnelle pour faire découvrir son nouveau modèle à un public international.

Le pavillon Ford, vitrine de l’innovation américaine

Pour la World’s Fair 1964, Ford ne se contente pas d’installer un stand d’exposition. L’entreprise fait construire le plus vaste pavillon jamais réalisé de son histoire, avec une ambition affichée : offrir aux visiteurs un spectacle à la hauteur de l’optimisme technologique des années 1960.

Au cœur de l’ensemble se dresse le Wonder Rotunda, un bâtiment circulaire monumental. Visible de loin, il devient rapidement l’un des symboles de l’exposition new-yorkaise. Tout autour, Ford aménage plusieurs espaces consacrés à ses véhicules, à ses innovations et à sa vision de la mobilité de demain.

L’architecture du pavillon répond à une idée simple : transformer une visite en véritable expérience. Les visiteurs ne viennent pas seulement admirer des automobiles. Ils sont invités à découvrir l’univers de la marque à travers des démonstrations, des expositions et une attraction inédite.

Autour des modèles de série apparaissent également plusieurs concept-cars imaginés par les stylistes de Ford, parmi lesquels l’Allegro, l’Aurora, la Cougar II ou encore la Mustang I. La nouvelle Mustang s’inscrit ainsi dans plusieurs années de recherches consacrées à l’automobile de demain.

L’investissement est considérable. Ford mobilise ingénieurs, architectes et spécialistes du spectacle afin de concevoir un pavillon capable d’accueillir plusieurs milliers de personnes par heure.

Pour donner vie à ce projet exceptionnel, le constructeur fait appel à l’un des créateurs les plus innovants de son époque : Walt Disney.

Quand Ford fait appel à Walt Disney

Au début des années 1960, Walt Disney ne se limite plus au cinéma. Fort du succès de Disneyland, inauguré en Californie en 1955, il est devenu une référence dans la conception d’attractions immersives. Son approche consiste à raconter une histoire plutôt qu’à présenter une simple succession de décors.

Ford comprend rapidement le potentiel de cette vision. Pour se démarquer des autres constructeurs présents à la World’s Fair, l’entreprise souhaite offrir aux visiteurs une expérience qu’ils n’oublieront pas. Elle confie alors à WED Enterprises, la société créée par Walt Disney pour développer ses projets, la conception de l’attraction principale de son pavillon.

Cette collaboration marque également une étape importante pour Disney. À New York, ses équipes peuvent ainsi développer et expérimenter à grande échelle de nouvelles technologies de divertissement. Ainsi, Disney développe à New York ses Audio-Animatronics à une échelle nouvelle, après leurs premières apparitions à Disneyland.. Plusieurs innovations mises à l’épreuve à New York trouveront ensuite leur place dans les parcs Disney.

Pour Ford, le partenariat dépasse largement le cadre d’une opération publicitaire. Il s’agit d’associer ses automobiles à une expérience spectaculaire capable de susciter l’émerveillement de millions de visiteurs.

Cette idée prendra le nom de Magic Skyway.

Le Magic Skyway, une attraction révolutionnaire

Le 22 avril 1964, la World’s Fair 1964 ouvre ses portes. Au pavillon Ford, certains des premiers visiteurs prennent place à bord d’une Mustang décapotable. Quelques instants plus tard, leur voiture s’élève doucement et s’engage sur un parcours suspendu.

Imaginé par Walt Disney et les équipes de WED Enterprises, le Magic Skyway raconte une véritable histoire. L’attraction transporte les passagers à travers des millions d’années d’évolution, depuis la préhistoire jusqu’à un futur où la technologie doit améliorer le quotidien.

Le voyage débute au milieu de paysages volcaniques et de gigantesques dinosaures animés. Grâce aux Audio-Animatronics perfectionnés par Disney, les créatures semblent respirer, bouger et interagir avec leur environnement.

Tout au long du parcours, les visiteurs suivent les commentaires diffusés par l’autoradio de leur voiture. Quatre langues sont proposées : anglais, français, espagnol et allemand. Un détail qui rappelle l’ambition internationale de l’exposition.

Après ce monde préhistorique, les voitures poursuivent leur route vers des décors illustrant les progrès scientifiques et industriels. Ford y dévoile sa vision des routes de demain.

Pour beaucoup de visiteurs, le voyage ne dure que quelques minutes. Pourtant, il restera associé à leur toute première rencontre avec la Mustang.

Dans les coulisses du Magic Skyway

Si les visiteurs découvrent le Magic Skyway au printemps 1964, sa conception débute bien plus tôt. Dès 1963, Ford et WED Enterprises travaillent à transformer une idée ambitieuse en une attraction capable de fonctionner sans interruption pendant toute la durée de la World’s Fair.

Pour mettre au point le parcours, Disney construit une piste d’essai sur son site de Burbank, en Californie. Les ingénieurs y valident le système de guidage, le rythme des véhicules et le confort des passagers avant le début des opérations à New York.

Le défi est considérable. L’attraction doit accueillir plusieurs milliers de visiteurs par heure tout en garantissant un déplacement fluide et sécurisé. Ainsi, les ingénieurs étudient minutieusement la vitesse des véhicules, les distances entre les voitures, les zones d’embarquement et la synchronisation avec les scènes animées.

En parallèle, artistes, décorateurs et techniciens créent les paysages traversés par les visiteurs. Ils donnent vie aux volcans, à la végétation luxuriante et aux créatures préhistoriques spécialement imaginés pour l’événement.

Mais les décors ne représentent qu’une partie du défi. Les automobiles doivent également être adaptées pour circuler en continu sur le parcours suspendu du Magic Skyway.

Les derniers préparatifs avant l’ouverture

À quelques semaines de l’ouverture de la World’s Fair 1964, le pavillon Ford ressemble encore à un immense chantier. Derrière les palissades, ouvriers, ingénieurs et techniciens s’activent pour respecter un calendrier particulièrement serré.

Les photographies réalisées en mars 1964 témoignent de cette effervescence. Certaines scènes du Magic Skyway sont encore inachevées. Des caisses portant les inscriptions « Triceratops #24 » ou « Cavemen 15 » attendent d’être ouvertes, tandis que plusieurs éléments de décor restent protégés sous des bâches.

Enfin, les équipes procèdent aux derniers essais à l’intérieur du pavillon. Elles vérifient une dernière fois le fonctionnement de l’attraction, la synchronisation des scènes et le parcours emprunté par les véhicules.

Ford sait que l’enjeu dépasse le succès de son pavillon. L’entreprise s’apprête à présenter une nouvelle manière de concevoir une exposition automobile, où le spectacle occupe une place aussi importante que les véhicules eux-mêmes.

Lorsque les derniers échafaudages disparaissent, tout est prêt. L’attention peut désormais se tourner vers une autre échéance majeure : la présentation de la Mustang.

Dix jours qui changent l’histoire de la Mustang

Au printemps 1964, tout s’accélère. En l’espace de dix jours, Ford orchestre le lancement de la Mustang et l’ouverture de la World’s Fair 1964.

Le 12 avril, Henry Ford II inaugure officiellement le Magic Skyway lors d’une présentation réservée à la presse. À ses côtés prennent place Walt Disney et Robert Moses, tandis que la voie parallèle accueille notamment Arjay Miller, Charles H. Patterson et l’architecte Welton Becket. Une photographie réunit ainsi plusieurs des principaux artisans du projet.

Le 13 avril, c’est au tour de la Mustang d’être présentée aux médias. Les premiers articles paraissent dans la presse américaine avant même son arrivée dans les concessions.

Le 17 avril, la Ford Mustang est officiellement commercialisée. Les concessions sont prises d’assaut et les premiers exemplaires trouvent rapidement preneur. L’engouement dépasse les prévisions du constructeur.

Enfin, le 22 avril, la World’s Fair ouvre ses portes au public. Des milliers de visiteurs affluent vers le pavillon Ford, attirés par le Wonder Rotunda et la promesse d’une attraction imaginée par Walt Disney.

Parmi les voitures qui circulent sur le Magic Skyway, les nouveaux cabriolets Mustang attirent immédiatement l’attention.

Les Mustang du Magic Skyway

Pendant toute la durée de la World’s Fair, les visiteurs embarquent à bord de cabriolets Mustang qui semblent appartenir à une seule et même flotte.

Pourtant, derrière cette apparente continuité se cache une histoire peu connue. Entre les saisons 1964 et 1965, Ford renouvelle entièrement les Mustang utilisées par le Magic Skyway.

Le saviez-vous ? Les Mustang de 1964 étaient déjà des modèles 1965

Contrairement à une idée reçue, les premières Mustang présentées à la World’s Fair étaient déjà des modèles 1965. Les collectionneurs les surnomment aujourd’hui « 1964½ » ou « early 1965 ». Cette appellation, qui n’a jamais été officielle chez Ford, permet de distinguer les exemplaires produits pendant les premiers mois de commercialisation.

Les Mustang de la saison 1964

Pour relever le défi du Magic Skyway, Ford sélectionne douze Mustang cabriolets spécialement affectées à l’attraction. Pendant six mois, elles transportent sans interruption les visiteurs à travers les décors imaginés par Walt Disney.

Les documents conservés par Ford montrent que cette flotte n’a rien d’improvisé. Carron & Company prépare les voitures afin qu’elles puissent fonctionner en continu sur le Magic Skyway tout en mettant en valeur le nouveau modèle auprès du public.

De plus, les recherches menées au Benson Ford Research Center montrent que Ford répartit les douze cabriolets entre plusieurs couleurs emblématiques du lancement. Cette diversité contribue à rendre leur présence sur le parcours encore plus spectaculaire.

Au fil des mois, les Mustang deviennent l’un des symboles du pavillon Ford. Des millions de personnes les voient évoluer sur le parcours du Magic Skyway, parfois avant même d’en avoir croisé une sur la route.

À l’issue de la première saison, Ford choisit pourtant de ne pas les réutiliser. Lorsque la World’s Fair rouvre ses portes au printemps suivant, une nouvelle flotte prend leur place.

Les Mustang du Magic Skyway en 1965

Au printemps 1965, le Magic Skyway retrouve ses visiteurs. L’attraction demeure, mais les Mustang sont entièrement renouvelées.

Cette seconde flotte se compose de onze cabriolets. Comme l’année précédente, Ford les affecte exclusivement au fonctionnement quotidien de l’attraction.

Ce renouvellement illustre la stratégie de Ford. Le pavillon n’est pas conçu comme une simple exposition temporaire, mais comme une vitrine vivante de la marque. Les visiteurs doivent découvrir les versions les plus récentes des modèles présentés par le constructeur.

Lorsque la World’s Fair ferme définitivement ses portes en octobre 1965, ces onze Mustang quittent à leur tour le Magic Skyway.

Leur histoire est pourtant loin d’être terminée.

Que sont devenues les Mustang du Magic Skyway ?

Le 17 octobre 1965, la New York World’s Fair ferme définitivement ses portes. Après deux saisons et des millions de visiteurs, les pavillons commencent à être démontés. Le Magic Skyway cesse de fonctionner et les Mustang quittent une dernière fois le parcours suspendu qui les avait rendues célèbres.

Pour Ford, ces voitures n’ont pourtant pas terminé leur carrière. Contrairement aux décors de l’attraction, elles peuvent retrouver une seconde vie sur la route.

Les documents conservés par le Benson Ford Research Center montrent que Ford fait de nouveau appel à Carron & Company, l’entreprise qui avait préparé les automobiles pour le Magic Skyway. Cette fois, ses équipes retirent les équipements propres à l’attraction afin de rendre aux Mustang une configuration adaptée à la route.

Ford revend ensuite les cabriolets, notamment à certains de ses employés. Après avoir transporté des milliers de visiteurs au-dessus de la World’s Fair, ils redeviennent ainsi des voitures presque ordinaires.

À partir de ce moment, leur histoire devient beaucoup plus difficile à suivre. Elles changent de propriétaire, parcourent des milliers de kilomètres, sont réparées ou restaurées sans que leur passé new-yorkais soit nécessairement connu. Au fil des décennies, la trace de la plupart d’entre elles se perd.

Une seule finira par révéler avec certitude son extraordinaire histoire.

Une Mustang du Magic Skyway entrée dans l’histoire

Plusieurs Mustang ayant participé au Magic Skyway ont survécu jusqu’à aujourd’hui. Parmi elles, un cabriolet de la saison 1965 occupe une place particulière : la 5F08T383386, dont l’histoire a pu être reconstituée avec une précision remarquable.

Ce cabriolet de 1965 appartenait à la seconde flotte engagée par Ford. Durant les six mois d’ouverture, il aurait parcouru près de 5 000 miles, soit environ 8 000 kilomètres, et transporté quelque 40 000 passagers.

Autant de visiteurs qui se sont assis à son bord sans imaginer qu’ils participaient à l’histoire d’une automobile appelée à devenir un véritable témoin du patrimoine américain.

Après la fermeture de l’exposition, la Mustang retrouve la route. Son passé exceptionnel aurait facilement pu disparaître avec elle.

La voiture passe notamment entre les mains de Gary Schweitzer, qui la conservera pendant près de quarante-quatre ans. Au fil du temps, le croisement des archives, des caractéristiques du véhicule et de son histoire permet d’établir son lien avec le Magic Skyway.

Elle rejoint ensuite la collection de Sam Pack avant que son importance historique ne soit officiellement reconnue. Aujourd’hui, elle figure au National Historic Vehicle Register, qui reconnaît ainsi son importance dans l’histoire automobile américaine.

Sa valeur dépasse donc largement sa rareté. Elle constitue aujourd’hui l’un des témoignages matériels les plus précieux de l’histoire de la Mustang au Magic Skyway.

La dernière Mustang du Magic Skyway

Comment cette Mustang a-t-elle été identifiée plus de cinquante ans après la World’s Fair ? Pour le découvrir, rendez-vous sur notre article consacré à son incroyable redécouverte.

L’héritage de la World’s Fair

Lorsque la New York World’s Fair ferme ses portes en octobre 1965, une grande partie de ce qui avait émerveillé ses visiteurs disparaît avec elle. Pourtant, certaines idées expérimentées à Flushing Meadows auront une influence bien plus durable que les pavillons qui les abritaient.

Pour Walt Disney et WED Enterprises, l’exposition constitue un formidable laboratoire. Les Audio-Animatronics, déjà apparus à Disneyland, y sont développés à une échelle nouvelle. Les systèmes de transport, les décors immersifs et la manière de faire progresser les visiteurs au cœur d’une histoire sont également mis à l’épreuve devant des millions de personnes.

Plusieurs créations conçues pour New York connaissent ensuite une seconde vie. It’s a Small World est reconstruite à Disneyland dès 1966. L’expérience acquise avec les personnages animés et les systèmes de déplacement nourrit également de futurs projets Disney.

Le Magic Skyway, lui, ne sera jamais reconstruit. Son parcours disparaît avec le pavillon Ford. Mais l’idée qui le rendait si spectaculaire (réunir technologie, narration et déplacement dans une même expérience) survivra largement à l’exposition.

Le saviez-vous ? Pourquoi le Magic Skyway a-t-il disparu ?

Ford et Disney n’avaient jamais prévu de faire survivre le Magic Skyway à la World’s Fair. L’attraction faisait partie intégrante du pavillon Ford et, après la fermeture de l’exposition en octobre 1965, les équipes démontent son parcours suspendu et ses infrastructures.

En revanche, It’s a Small World connaît une destinée différente puisque Disney la reconstruit à Disneyland. Le Magic Skyway ne bénéficiera jamais de cette seconde vie.

Aujourd’hui, photographies, films, archives et quelques éléments conservés constituent les principales traces de l’attraction.

La World’s Fair, tremplin pour la Mustang

Pour Ford, l’héritage est différent mais tout aussi considérable. Quelques jours après sa présentation officielle, la Mustang bénéficie à New York d’une vitrine exceptionnelle.

Elle ne se contente pas d’être exposée. Des millions de visiteurs la voient circuler au cœur d’une attraction imaginée par Walt Disney et associée à une vision résolument optimiste de l’avenir.

La World’s Fair n’explique évidemment pas à elle seule son succès. Son style, son prix et ses nombreuses possibilités de personnalisation séduisent immédiatement les automobilistes. La demande dépasse les prévisions de Ford et la Mustang donne bientôt naissance à une nouvelle catégorie de voitures : les « pony cars ».

Cinéma, compétition et culture populaire feront ensuite le reste. Mais au printemps 1964, alors que la Mustang vient à peine d’apparaître dans les concessions américaines, une partie de sa légende est déjà en train de s’écrire au-dessus de Flushing Meadows.

Dans les coulisses techniques du Magic Skyway

Le saviez-vous ? Comment Ford a adapté les Mustang au Magic Skyway ?

Les Mustang utilisées sur le Magic Skyway ne pouvaient pas circuler sur le parcours dans leur configuration d’origine. Ford confia leur préparation à Carron & Company, qui adapta les voitures aux contraintes du système de transport imaginé pour l’attraction.

À la fermeture de la World’s Fair, l’opération fut inversée. Carron & Company intervint de nouveau sur les cabriolets afin de retirer les équipements propres au Magic Skyway et de leur permettre de retrouver une utilisation routière.

Comment fonctionnait le Magic Skyway ?

À première vue, les Ford du Magic Skyway semblent avancer seules sur leur route suspendue. Pourtant, leur moteur ne participe pas au déplacement. Toute la propulsion est intégrée au parcours.

Chaque voiture reçoit sous son châssis une longue plaque métallique. Elle entre successivement en contact avec des roues motorisées disposées dans la voie, qui entraînent le véhicule à une vitesse moyenne d’environ 7 km/h. Une tige reliée à la direction maintient la voiture sur la trajectoire prévue.

Le système comporte plus de 1 100 roues motrices. Par ailleurs, le système immobilise automatiquement les véhicules en cas de coupure de courant.

Même l’embarquement est conçu pour préserver un flux continu. Les visiteurs montent depuis une plateforme mobile avançant à la même vitesse que les voitures. Celles-ci n’ont donc pas besoin de s’arrêter à chaque nouveau groupe de passagers.

Les deux voies du Magic Skyway peuvent ainsi absorber plus de 4 000 visiteurs par heure. Chaque voyage dure environ douze minutes, sur un parcours de près de 800 mètres.

Derrière ces cabriolets avançant tranquillement au-dessus de la World’s Fair se cache donc un système de transport particulièrement innovant pour son époque.

Chronologie : la Mustang et la World’s Fair 1964-1965

12 avril 1964
Ford présente le Magic Skyway à la presse

Henry Ford II inaugure symboliquement l’attraction aux côtés de Walt Disney et Robert Moses.

13 avril 1964
La Mustang est présentée aux médias

Ford dévoile officiellement sa nouvelle voiture à la presse américaine.

17 avril 1964
La Mustang arrive chez les concessionnaires

La nouvelle Ford est officiellement commercialisée aux États-Unis.

22 avril 1964
Ouverture de la New York World’s Fair

Le public découvre le pavillon Ford et embarque à bord des voitures du Magic Skyway.

1965
Une nouvelle flotte de Mustang

Ford prépare une seconde série de cabriolets pour la nouvelle saison du Magic Skyway.

17 octobre 1965
La World’s Fair ferme ses portes

Après deux saisons, le Magic Skyway cesse définitivement de fonctionner.

FAQ : la Mustang et la World’s Fair 1964

Vingt-trois Mustang cabriolets ont été utilisées pendant les deux saisons de la World’s Fair : douze en 1964 et onze en 1965.

Oui. Au moins cinq Mustang ayant participé au Magic Skyway sont aujourd’hui documentées comme survivantes connues, même si le statut actuel de l’une d’elles reste incertain.

Parmi elles, la Mustang 5F08T383386, utilisée pendant la saison 1965, possède une histoire particulièrement bien documentée. Elle est aujourd’hui inscrite au National Historic Vehicle Register, qui reconnaît son importance dans l’histoire automobile américaine.

Non. Le système intégré à la voie guidait et entraînait les voitures, sans utiliser leur propre moteur. Des éléments installés sous chaque automobile permettaient également de la guider automatiquement.

Walt Disney et les équipes de WED Enterprises ont conçu le Magic Skyway, l’attraction principale du pavillon Ford. Cette collaboration permit également à Disney d’expérimenter à grande échelle plusieurs technologies et méthodes qui influenceront ses futurs projets.

Épilogue

Pendant deux étés, des millions de visiteurs ont levé les yeux vers d’étranges routes suspendues au-dessus du pavillon Ford. Là-haut, des Mustang avançaient lentement entre dinosaures, hommes préhistoriques et visions du monde de demain.

Puis la World’s Fair a fermé ses portes. Le pavillon a été démonté, le Magic Skyway a disparu et les voitures ont repris la route, chacune vers une nouvelle vie.

Plus de soixante ans ont passé. Pourtant, les photographies et les films d’époque permettent encore d’apercevoir ces cabriolets circulant au-dessus de Flushing Meadows.

La Mustang venait tout juste de naître. Elle s’apprêtait à entrer dans l’histoire.

À propos de cette enquête

La préparation de cet article a nécessité plusieurs mois de recherches et le croisement de nombreuses sources primaires.

Les archives de Ford Motor Company et les collections du Benson Ford Research Center ont notamment permis de reconstituer l’organisation du pavillon, le fonctionnement du Magic Skyway et l’histoire des Mustang utilisées pendant les saisons 1964 et 1965.

Les documents du National Historic Vehicle Register, les photographies d’époque, les publications contemporaines de l’événement et les témoignages recueillis auprès de personnes liées à la World’s Fair ont complété ce travail.

Je tiens à remercier toutes celles et ceux qui ont accepté de partager leurs connaissances, leurs souvenirs, leurs archives familiales ou simplement leur temps. Leur aide a permis de faire réapparaître des détails parfois oubliés depuis plus de soixante ans.

Un projet qui mérite d’être soutenu

Cette enquête m’a également permis de découvrir le travail du photographe américain Roger Higgins, qui documenta la New York World’s Fair depuis sa construction jusqu’à son démantèlement.

Une partie importante de ses photographies est aujourd’hui conservée à la Library of Congress. D’autres subsistent dans les archives familiales de sa petite-fille, Holly Hunt, qui entreprend patiemment de numériser et de documenter ces images.

Et les découvertes continuent. Holly vient encore de mettre au jour 150 photographies supplémentaires. Certaines archives réservent parfois de véritables surprises : les informations inscrites au dos des tirages permettent notamment d’identifier des personnes photographiées il y a plus de soixante ans.

Holly souhaite désormais consacrer une exposition au travail de son grand-père, afin de faire redécouvrir ces images au public, mais aussi le nom de l’homme qui se trouvait derrière l’objectif. Faute d’avoir obtenu la subvention espérée pour mener ce projet, elle a lancé une campagne de financement participatif.

Elle vient également de créer une page Facebook consacrée à Roger Higgins, sur laquelle elle partagera progressivement les photographies retrouvées dans ses archives.

👉 Découvrir la page Facebook de Roger Higgins
👉 Soutenir le projet d’exposition sur GoFundMe

Je remercie chaleureusement Holly pour sa confiance, pour les images et les informations qu’elle a accepté de partager avec Nick’s Blog, mais aussi pour son formidable travail de préservation de la mémoire de Roger Higgins.