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Gravity Trail : 20 km pour découvrir que je ne savais pas ce qu’était un trail

Après le Semi-Marathon du Beaujolais, Cannes puis le Semi du Bord de Saône, il me fallait une nouvelle étape sur la longue route qui doit me conduire jusqu’au Marathon de Los Angeles, en mars 2027. En cherchant une course pour ajouter un jalon entre deux objectifs, je suis tombé sur le Gravity Trail de Nantua : 20 kilomètres, soit presque la distance d’un semi-marathon. Parfait.

Je me suis donc inscrit sans vraiment regarder le reste.

J’avais même proposé à Sarah, ma femme, de participer avec moi. C’est elle qui a étudié le parcours d’un peu plus près et m’a fait remarquer un détail qui m’avait visiblement échappé : le dénivelé était particulièrement important. Sa réponse a été immédiate : hors de question qu’elle s’inscrive.

Moi, en revanche, je suis resté inscrit. Après tout, vingt kilomètres restent vingt kilomètres, non ?

Quelle bêtise !

Le Gravity Trail, mon premier vrai trail

Avant ce Gravity Trail, je n’avais encore jamais participé à un trail et, surtout, je n’avais absolument rien fait pour m’y préparer. Aucun entraînement spécifique en côte, aucun travail de dénivelé, pas de chaussures adaptées et encore moins de bâtons. Je me présente donc à Nantua avec mes fidèles Brooks Glycerin, celles qui m’accompagnent depuis mes premiers semi-marathons, convaincu qu’elles feraient parfaitement l’affaire.

Le matin est frais mais magnifique. Les premiers rayons du soleil se reflètent sur le lac et le décor donne immédiatement envie de courir. Lors du retrait du dossard, on me remet même un morceau de comté. Pour le moment, cette première expérience du trail commence plutôt bien.

Sur la ligne de départ, Nightcall de Kavinsky, morceau que j’associe forcément au film Drive, résonne dans les enceintes. Puis quelque chose attire mon attention : de nombreux concurrents portent derrière leur sac une sorte de petit trépied replié.

En regardant mieux, je comprends qu’il s’agit de bâtons.

Beaucoup de bâtons.

« Seront-ils vraiment nécessaires ? », me demandé-je alors.

Spoiler : oui.

Les premiers kilomètres : jusque-là, tout va bien

Le départ est donné sur la route, un terrain que je connais beaucoup mieux. Je trouve rapidement mon rythme, autour de 5 min 30 par kilomètre, et me dis pendant quelques minutes que cette histoire de trail était peut-être un peu exagérée.

Puis nous commençons à monter.

La pente se prolonge bien plus longtemps que je ne l’avais imaginé. Les vrais trailers déplient leurs bâtons tandis que certains me dépassent tranquillement. De mon côté, j’attends toujours le moment où la montée va enfin s’arrêter, mais celui-ci tarde sérieusement à arriver.

Mes jambes commencent déjà à m’envoyer des informations provenant de muscles dont j’avais presque oublié l’existence, notamment quelque part derrière les cuisses. Il faut dire que préparer une course avec autant de dénivelé en ne courant pratiquement que sur du plat n’était probablement pas mon idée la plus brillante.

À cet instant, je commence surtout à mieux comprendre le nom de l’épreuve : GRAVITY Trail. Pour une fois, ce n’est pas simplement une appellation marketing. On passe réellement une bonne partie de la course à lutter contre la gravité.

Trois kilomètres seulement ?

La pente finit tout de même par nous accorder un peu de répit et nous entrons dans les bois. Le sol change, la température aussi, tandis que les odeurs de terre, de feuilles et de végétation humide prennent le dessus. C’est probablement à ce moment-là que je comprends également ce qui peut rendre le trail aussi agréable : plus de route, presque plus de voitures, simplement un sentier, des arbres et quelques coureurs autour de soi.

Puis je regarde ma Garmin.

À peine trois kilomètres.

Je commence alors à revoir sérieusement mes estimations concernant l’heure d’arrivée.

Un peu plus loin, le parcours repart vers le haut. Le paysage s’ouvre sur une zone étonnante, presque dépouillée par endroits, comme si une partie d’une petite forêt avait été retirée. Honnêtement, je ne m’attarde pas vraiment sur la nature exacte du terrain : toute mon attention est concentrée sur mes jambes et sur la pente qui se dresse devant moi.

Courir, marcher, glisser… et recommencer

La suite du Gravity Trail résume assez bien ma découverte de la discipline : des montées, des descentes, puis encore des montées. Nous alternons chemins en forêt, passages plus techniques et portions parfois boueuses.

Je glisse deux ou trois fois et mes chevilles commencent à tirer. C’est à ce moment-là que je comprends pleinement pourquoi les chaussures de trail existent. Mes Brooks Glycerin sont excellentes sur route ; ici, leur adhérence montre rapidement ses limites.

Dans certaines descentes, je préfère donc ralentir franchement. Pendant les montées, je commence aussi à regretter les mystérieux « trépieds » observés sur la ligne de départ. Surtout, je découvre une autre différence importante avec mes courses précédentes : marcher ne signifie pas forcément que l’on a complètement craqué.

Sur un trail, cela fait partie de la gestion de l’effort.

J’apprends. Un peu tard, certes.

Le lac de Nantua comme récompense

Autour du dix-septième kilomètre, le paysage finit par s’ouvrir et, très loin en contrebas, apparaît le lac de Nantua.

Sa couleur turquoise, entourée par les reliefs, est absolument magnifique. Pendant quelques secondes, la vue suffit presque à faire oublier les kilomètres précédents et les jambes qui commencent sérieusement à protester.

Quelques trailers me dépassent et nous échangeons rapidement quelques mots. Depuis le début de la course, je retrouve d’ailleurs toujours la même ambiance : les participants sont sympathiques, détendus et encourageants.

Il ne reste alors qu’environ deux kilomètres.

Deux kilomètres de descente pourraient sembler être une excellente nouvelle après toutes ces montées. Dans mon cas, pas vraiment.

La pente est parfois très importante et, avec mes chaussures peu adaptées au terrain, je préfère rester prudent. Une bonne partie de la descente se fait donc en marchant, et je laisse passer plusieurs concurrents afin de ne pas leur faire perdre de temps. À ce stade, le classement n’a plus beaucoup d’importance : mon objectif principal consiste surtout à atteindre le bas sans me blesser.

Les derniers mètres du Gravity Trail

Vers la fin de la descente, un homme me dépasse puis glisse juste à coté de moi. Je m’arrête pour vérifier que tout va bien. Nous échangeons rapidement avant qu’il ne reparte, tandis que je tente de remettre mes propres jambes en mouvement.

À cet instant, je suis vraiment au bout du rouleau. Les jambes tirent, le souffle revient difficilement et pourtant il reste moins de 500 mètres. Je parviens quelque temps à suivre le coureur qui vient de tomber, mais l’arrivée semble toujours beaucoup plus loin qu’elle ne devrait l’être.

Le rythme diminue encore et, à quelques dizaines de mètres seulement de la ligne, je me remets même à marcher. Quand on n’arrive plus à courir alors que l’arche d’arrivée est presque visible, c’est bien qu’il ne reste plus grand-chose dans le réservoir…

Je parviens malgré tout à relancer une dernière fois la machine et franchis finalement la ligne après environ trois heures de course, à la 43e place. Nous étions 90 au départ (c’était un petit événement, comme je les aime).

À Cannes, j’avais parcouru les 21,1 kilomètres du semi-marathon en 1 h 55. Ce jour-là, je comprends définitivement qu’un trail de 20 kilomètres et un semi-marathon sont deux pratiques qui ont simplement eu la mauvaise idée d’utiliser la même unité de mesure :).

La meilleure bière du monde

Une fois arrivé, on me propose une bière.

Je ne sais pas si elle était objectivement exceptionnelle, mais à cet instant précis, c’était sans aucun doute la meilleure bière que j’aie jamais bue.

L’ambiance générale restera d’ailleurs l’un de mes meilleurs souvenirs du Gravity Trail. Le décor est superbe, les participants particulièrement sympathiques et je n’ai jamais ressenti de véritable pression liée au classement. Chacun semble surtout gérer sa propre course, son propre effort et ses propres difficultés.

De mon côté, j’ai énormément souffert, bien plus que je ne l’avais imaginé en m’inscrivant. La raison est assez simple : je n’étais ni correctement équipé, ni vraiment préparé, et surtout je ne m’étais pas suffisamment renseigné sur ce qui m’attendait.

Je pensais savoir ce qu’était un trail.

En réalité, j’avais surtout imaginé un semi-marathon avec davantage de chemins.

Une leçon de plus sur la route de Los Angeles

Il n’y avait malheureusement pas de médaille à l’arrivée. C’est presque dommage, car parmi toutes les courses auxquelles j’ai participé jusqu’à présent, c’est probablement celle pour laquelle j’aurais eu le plus le sentiment de l’avoir méritée.

Mais j’ai eu un morceau de comté avec mon dossard.

On ne peut pas tout avoir.

Le plus amusant dans cette histoire, c’est qu’une semaine avant de découvrir à quel point je connaissais mal le trail, Sarah et moi nous étions inscrits au Trail du Beaujolais, sur le format 15 kilomètres. Cette fois, nous serons deux et, surtout, je prendrai probablement le temps de regarder le dénivelé avant de prendre le départ… Cette prochaine course devrait se rapprocher davantage de ce que je pensais naïvement être un trail.

Enfin, je crois.

Et l’autre histoire amusante, c’est que le jour où j’écris ces lignes, la société pour laquelle je travaille m’annonce qu’une place pour le semi marathon du Run In Lyon s’est libérée (je m’étais inscrit sur liste d’attente plusieurs mois plus tot). J’ai donc un dossard pour le 4 octobre !

Quant au Marathon de Los Angeles, il reste toujours au bout du chemin. Après le Beaujolais, Cannes et les bords de Saône, le Gravity Trail ne m’aura certainement pas appris à courir plus vite, mais il m’a rappelé quelque chose d’important à quelques mois de mon premier marathon : une distance, à elle seule, ne dit absolument rien de la difficulté d’une course.

Et accessoirement, il faut toujours regarder le dénivelé.