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Bullitt 558 : comment Kevin Marti a authentifié la Mustang disparue

En mars 2017, Kevin Marti se retrouve face à une Mustang Fastback 1968 blanche, incomplète et passablement malmenée, quelque part à Mexicali, au Mexique. Pourtant, sous cette carrosserie fatiguée pourrait se cacher l’une des voitures les plus célèbres de l’histoire du cinéma : la seconde Mustang utilisée pour le tournage de Bullitt, disparue depuis près d’un demi-siècle.

Son numéro de châssis est le bon : 8R02S125558.

Mais Kevin Marti le sait mieux que quiconque : ce numéro est connu depuis longtemps. À lui seul, il ne suffit donc pas à prouver que cette Mustang est réellement celle qui a encaissé les cascades de Bullitt dans les rues de San Francisco.

Près de dix ans plus tard, une vidéo publiée par REC Watches permet de revenir sur cet instant. Face à Mads Ellekær, Kevin Marti explique les détails qui l’ont progressivement convaincu qu’il avait bien devant lui la véritable Bullitt 558.

Et certains sont beaucoup moins évidents qu’un simple numéro de châssis.

Un VIN connu depuis longtemps

L’histoire des deux Mustang de Bullitt est aujourd’hui bien documentée. Les voitures portant les numéros de série se terminant par 558 et 559 avaient chacune un rôle différent pendant le tournage. La seconde, longtemps surnommée « Hero Car », servait principalement aux plans rapprochés, tandis que 558 encaissait une grande partie des cascades.

Lorsque Ralph Garcia Jr. communique le numéro de la voiture retrouvée au Mexique à Kevin Marti, celui-ci reste donc prudent.

Il connaît déjà les deux VIN. Et il sait également que de nombreuses répliques de la Mustang de Steve McQueen ont été construites au fil des décennies.

Son premier réflexe consiste alors à rechercher une frappe réalisée par Ford directement dans la carrosserie. Une fois l’aile démontée, le numéro apparaît précisément là où il doit se trouver.

8R02S125558.

Une première pièce du puzzle vient de se mettre en place. Mais pour authentifier la Bullitt 558, Kevin Marti veut comprendre ce que la voiture elle-même a encore à raconter.

Les caméras ont laissé leurs traces

Aujourd’hui, quelques ventouses suffisent pour fixer une petite caméra sur une automobile. En 1968, la situation était radicalement différente.

Kevin Marti rappelle que les caméras utilisées pendant le tournage pouvaient peser plusieurs dizaines de kilos. Pour filmer certaines séquences depuis l’extérieur des Mustang, les équipes ne pouvaient évidemment pas simplement les accrocher sur une portière.

Des supports solides avaient donc été installés sous la voiture afin de recevoir les structures sur lesquelles prenaient place les caméras.

Près d’un demi-siècle plus tard, les points de fixation étaient toujours présents sur Bullitt 558.

Mais un autre détail allait se révéler encore plus intéressant.

Un trou difficile à expliquer… sauf sur la vraie Bullitt

Les équipements de tournage réclamaient également beaucoup d’électricité. Selon Kevin Marti, les deux Mustang avaient reçu dans leur coffre un générateur Briggs & Stratton de 3,5 chevaux permettant notamment d’alimenter les caméras.

Ce petit moteur thermique posait toutefois un problème évident : il fallait évacuer ses gaz d’échappement.

L’équipe du film avait donc pratiqué une ouverture dans le passage de roue arrière, derrière le pneu, afin de créer une sortie vers l’extérieur.

Et cette ouverture existait toujours sur la Mustang retrouvée au Mexique.

Le détail est particulièrement intéressant parce qu’il permet aujourd’hui de préciser un point longtemps resté incertain dans l’histoire de la voiture. Lors de sa restauration, ce trou avait été volontairement conservé, mais plusieurs explications avaient circulé sur sa fonction : évacuation des gaz du générateur ou élément lié à un système produisant artificiellement de la fumée autour des roues.

Dans la vidéo de REC Watches, Kevin Marti ne laisse cette fois guère de place au doute : il s’agissait bien de l’évacuation du générateur utilisé pendant le tournage.

À première vue, un simple trou dans une vieille carrosserie pourrait sembler insignifiant. Pour Kevin Marti, c’est précisément l’inverse.

Les détails qu’un faussaire aurait oubliés

Une réplique de Bullitt peut recevoir une peinture Highland Green, des jantes American Racing Torq Thrust et même reproduire certaines modifications connues de la voiture du film.

Mais pourquoi quelqu’un aurait-il pensé à recréer une ouverture presque invisible destinée à évacuer les gaz d’un générateur de cinéma utilisé en 1968 ?

C’est là que l’authentification de la Bullitt 558 devient particulièrement intéressante.

Kevin Marti ne recherche pas seulement les caractéristiques que tout passionné pourrait connaître. Il s’intéresse aux traces laissées par le tournage, parfois invisibles et surtout dépourvues de tout intérêt esthétique.

Des détails que personne n’aurait réellement eu de raison de reproduire.

Le fait que Ralph Garcia Jr. ait conservé la voiture dans l’état dans lequel elle avait été retrouvée rend alors l’examen encore plus précieux. Les décennies de transformations et d’abandon compliquent évidemment l’analyse, mais elles empêchent aussi de présenter à Kevin Marti une Mustang soigneusement préparée pour ressembler à celle qu’il espère découvrir.

Les rues de San Francisco encore imprimées dans le métal

Certaines preuves sont encore plus spectaculaires.

Dans la vidéo, Kevin Marti montre une partie de la carrosserie située à proximité de la suspension avant. Les nombreux sauts réalisés pendant le tournage ont soumis la Mustang à des contraintes considérables.

Lorsque la voiture retombe après un saut, les ressorts et les amortisseurs absorbent une partie de l’énergie. Mais lorsqu’ils arrivent en butée, cette énergie doit continuer à se dissiper quelque part.

Elle finit alors par se transmettre à la structure elle-même.

Sur Bullitt 558, certaines tôles portent encore les déformations provoquées par ces impacts.

Près de soixante ans après le tournage, les rues de San Francisco ont donc, au sens presque littéral du terme, laissé leur empreinte dans la carrosserie.

Ces stigmates permettent également de comprendre pourquoi Warner Bros. n’avait guère d’intérêt à conserver la voiture après le film. Contrairement à sa sœur 559, Bullitt 558 avait été particulièrement malmenée.

À l’époque, ce n’était qu’une Mustang de tournage fatiguée.

Personne n’imaginait encore ce qu’elle représenterait un demi-siècle plus tard.

« La voiture qui a fait du héros un héros »

Kevin Marti finit par l’admettre lui-même : lorsqu’il avait entendu pour la première fois le numéro de série communiqué par Ralph Garcia Jr., il avait de sérieux doutes.

Puis il a vu la voiture.

La frappe du VIN. Les installations destinées aux caméras. L’évacuation du générateur. Les traces laissées par les cascades. Autant d’éléments qui, une fois réunis, racontaient tous la même histoire.

La Mustang disparue depuis la fin des années 1960 venait réellement de réapparaître.

On oppose souvent la « Hero Car » 559 à la « Stunt Car » 558. Kevin Marti préfère cependant une autre manière de définir cette dernière. Pour lui, Bullitt 558 est en quelque sorte « the car that made the hero the hero » : la voiture qui a permis à l’autre de devenir une héroïne.

Sans elle, certaines des images qui ont construit la légende de la Mustang de Steve McQueen n’auraient tout simplement pas existé.

De la Bullitt retrouvée à la Bullitt 558 DNA Edition

Si Kevin Marti revient aujourd’hui sur cette authentification, ce n’est pas un hasard. La vidéo a été réalisée par REC Watches, dont je vous présentais il y a quelques mois la Bullitt 558 DNA Edition.

Limitée à 1 486 exemplaires, cette montre possède une particularité qui la relie directement à toute cette histoire : son « DNA Ring » est fabriqué à partir d’une partie irrécupérable du panneau arrière d’origine de Bullitt 558, remplacée lors de sa restauration.

REC Watches poursuit actuellement la prévente de cette édition, avant les premières livraisons prévues en 2027.

Une manière assez singulière de prolonger l’histoire d’une automobile dont, cinquante ans plus tôt, presque tout le monde pensait qu’elle avait définitivement disparu.

Et après avoir écouté Kevin Marti raconter les minuscules détails qui ont permis de prouver son identité, le terme « DNA » choisi par REC Watches prend peut-être encore un peu plus de sens.


Poursuivez votre découverte de l’univers Bullitt

Bullitt ne se résume pas à un film ni à une célèbre course-poursuite. Retrouvez ci-dessous l’ensemble des articles de Nick’s Blog consacrés au film, à ses lieux de tournage, à ses deux Mustang et aux modèles qui leur ont rendu hommage.

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➡️ Bullitt (1968) : le film qui a révolutionné le cinéma policier

➡️ Bullitt 2026 : où en est réellement le projet ?

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➡️ Bullitt à San Francisco : guide des lieux de tournage

Les Mustang du film

➡️ Bullitt 559 : le fabuleux destin d’une star de cinéma

➡️ Bullitt 558 : l’incroyable histoire de la Mustang disparue

Les Mustang Bullitt : l’héritage

➡️ La Mustang Bullitt à travers les âges

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