Un petit fantôme marche dans les rues d’une banlieue californienne. Autour de lui, des dizaines d’enfants déguisés passent d’une maison à l’autre à la recherche de bonbons. Personne ne s’attarde vraiment sur sa démarche étrange ni sur sa silhouette inhabituelle.
Et pour cause : le soir d’Halloween, tout le monde peut être un monstre.
Sous le drap blanc se cache pourtant un véritable extraterrestre.
Sorti en 1982, E.T. l’extraterrestre n’est pas un film d’Halloween. La fête n’occupe même qu’une petite partie de l’histoire. Pourtant, Steven Spielberg en fait un moment essentiel : le seul soir de l’année où E.T. peut quitter sa cachette, traverser une rue américaine et, pour quelques minutes, passer totalement inaperçu.
Une histoire de science-fiction racontée à hauteur d’enfant
L’idée d’E.T. prend forme avant même le tournage des Aventuriers de l’Arche perdue. Kathleen Kennedy suggère à Steven Spielberg de confier le scénario à Melissa Mathison, qui travaille avec lui sur plusieurs versions d’une histoire centrée moins sur une invasion extraterrestre que sur la rencontre entre deux êtres isolés. Le tournage débute le 8 septembre 1981 autour de Los Angeles, notamment à Northridge et Tujunga, tandis que les intérieurs de la maison familiale sont reconstruits en studio.
C’est sans doute ce qui distingue immédiatement le film de beaucoup d’œuvres de science-fiction.
Spielberg ne regarde pas l’arrivée d’un extraterrestre du point de vue des scientifiques ou des militaires. Il la raconte depuis une chambre d’enfant, un jardin, une école et les rues d’un lotissement.
Les adultes arrivent plus tard. Les enfants, eux, ont déjà compris.

La banlieue américaine comme terrain d’aventure
La suburbia américaine occupait déjà une place centrale dans Halloween : La Nuit des masques. Quatre ans plus tard, Spielberg filme un environnement assez similaire, mais lui donne une signification complètement différente.
Chez John Carpenter, une haie ou une maison voisine pouvait cacher Michael Myers.
Dans E.T. l’extraterrestre, les mêmes rues deviennent un immense terrain d’aventure.
Elliott va à l’école à vélo, son sac à dos sur les épaules. Les enfants circulent seuls dans le quartier, jouent dehors et semblent connaître chaque rue, chaque terrain et chaque passage. Autour d’eux circulent vans, station wagons et berlines aux formes caractéristiques du début des années 1980, tandis que les espaces verts et les pelouses soigneusement entretenues prolongent cette image de la banlieue californienne.
Le vélo n’est d’ailleurs pas un simple accessoire. Il représente l’autonomie des enfants. Il leur permet d’aller à l’école, de rejoindre leurs amis et, dans la dernière partie du film, d’échapper aux adultes.
Spielberg filme presque la banlieue depuis leur guidon.

L’Amérique que montre E.T. l’extraterrestre
Une maison pleine de couleurs et de vie
À l’intérieur, l’Amérique de 1982 paraît étonnamment chargée.
La maison d’Elliott accumule les couleurs, les objets et les affaires laissées un peu partout. La moquette couvre les sols. Dans la cuisine, la table est coincée entre des chaises et une banquette. Mary, la mère d’Elliott, porte notamment une salopette avec une chemise à fleurs, tandis que les enfants accumulent vêtements colorés et superpositions.
Rien ne ressemble à un décor épuré. Et c’est bien ce qui lui donne aujourd’hui autant de charme.
La chambre d’Elliott est remplie d’objets qui racontent aussi leur époque. Lorsqu’il tente d’expliquer notre monde à E.T., il lui présente notamment ses figurines Star Wars et ses distributeurs de bonbons PEZ. On remarque ailleurs un téléviseur Toshiba et même, une nouvelle fois dans notre dossier, un globe terrestre. Ce sont des détails parfaitement ordinaires en 1982. Quarante ans plus tard, ils transforment presque involontairement le film en capsule temporelle.
Même un homme portant ses clés accrochées à la ceinture devient aujourd’hui le genre de petit détail que l’œil finit par remarquer.

Halloween : les enfants prennent possession des rues
Le 31 octobre accentue encore cette impression de liberté.
Mary se déguise elle aussi, en léopard, mais elle n’accompagne pas ses enfants pour autant. Elliott, Michael et les autres sortent dans le quartier comme si Halloween leur appartenait. Et c’est cette autonomie qui permet le plan : E.T. reçoit un drap blanc et rejoint la foule des enfants costumés.
L’American Film Institute retient parmi les scènes emblématiques du film cette sortie pour le trick-or-treat et la rencontre avec une célèbre créature verte venue d’une autre galaxie. Il s’agit évidemment de Yoda. En l’apercevant, E.T. s’anime et tente de le rejoindre. Le clin d’œil à Star Wars fonctionne d’autant mieux que quelques scènes plus tôt, Elliott possédait déjà les figurines de la saga.
Mais surtout, la séquence repose sur une idée d’une simplicité formidable : Halloween est la seule nuit où E.T. peut marcher au milieu d’une rue américaine sans avoir besoin de se cacher.

Halloween en 1982 : encore une fête d’enfants
Par rapport à Hocus Pocus, sorti onze ans plus tard, l’Halloween d’E.T. paraît encore relativement simple.
Les maisons ne sont pas transformées en parcs d’attractions horrifiques. Les rues ne débordent pas de décorations gigantesques. La fête repose avant tout sur les costumes, les bonbons et le fait de passer d’une maison à l’autre. Sur ce point, le film est plus proche de La Nuit des masques sorti en 1978.
La différence vient surtout du regard posé sur cette liberté. Carpenter utilisait les enfants marchant seuls dans les rues pour rendre possible l’apparition d’un danger. Spielberg utilise la même autonomie pour permettre l’aventure. En quatre ans, ce n’est donc pas tellement Halloween qui a changé à l’écran. C’est le point de vue.

Quand l’Amérique regardait réellement E.T. à Halloween
Il existe enfin une coïncidence assez merveilleuse.
E.T. sort aux États-Unis le 11 juin 1982. Pourtant, quatre mois plus tard, le phénomène est loin d’être terminé. Au cours du seul mois d’octobre, le film rapporte encore plus de 21 millions de dollars dans les salles américaines, davantage que tout autre film ce mois-là. Et le 31 octobre 1982, jour d’Halloween, E.T. est toujours numéro un du box-office américain et rapporte plus d’un million de dollars dans la journée.
Autrement dit, pendant que des enfants américains parcouraient réellement leurs quartiers pour réclamer des bonbons, d’autres regardaient au cinéma Elliott faire exactement la même chose avec E.T.
Difficile d’imaginer meilleure façon pour cette séquence d’entrer dans la culture populaire.

Pourquoi regarder E.T. l’extraterrestre cette année ?
Parce que le film rappelle qu’Halloween n’est pas seulement une affaire de monstres, de sorcières ou de peur.
Pour les enfants américains que filme Spielberg, c’est surtout une nuit de liberté. Une soirée pendant laquelle le quartier change de visage, où l’on peut sortir déguisé, rejoindre ses amis et transformer quelques rues familières en terrain d’aventure.
C’est aussi une occasion de retrouver une Amérique du début des années 1980 faite de vélos, de moquette, de téléviseurs à tube cathodique, de PEZ, de figurines Star Wars et de maisons pleines de vie.
Michael Myers profitait d’Halloween pour se cacher parmi les monstres. Quatre ans plus tard, E.T. fait exactement la même chose. Mais cette fois, le monstre n’en est pas un.

Où voir E.T. l’extraterrestre ?
En octobre 2026, E.T. l’extra-terrestre est disponible en France par abonnement sur Disney+, HBO Max et HBO Max Amazon Channel. Le film peut également être loué ou acheté sur plusieurs plateformes, notamment Amazon Video, Apple TV Store, Canal VOD, Rakuten TV et Pathé Home. Les catalogues étant susceptibles d’évoluer, ces disponibilités devront être revérifiées au moment de la publication.
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