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Hocus Pocus : quand Salem transforme Halloween en fête américaine

À Salem, Halloween est partout. Les enfants sortent de l’école, préparent leurs costumes et attendent la nuit pour parcourir les rues à la recherche de bonbons. Les adultes ont eux aussi prévu de se déguiser et de faire la fête. Max Dennison, lui, vient d’arriver de Californie et observe tout cela avec le détachement d’un adolescent qui ne croit ni aux sorcières ni aux vieilles légendes locales.

Quelques heures plus tard, il allumera pourtant une mystérieuse bougie noire et ramènera à la vie trois sorcières pendues trois siècles auparavant.

Sorti en 1993, Hocus Pocus est aujourd’hui presque indissociable d’Halloween aux États-Unis. Ce qui est assez amusant lorsque l’on sait que Disney avait choisi de le sortir… en plein mois de juillet.

Une histoire née d’un chat noir

À l’origine de Hocus Pocus, il y a une histoire improvisée par le producteur David Kirschner pour sa fille.

Un soir, tous deux aperçoivent le chat noir de leurs voisins. Kirschner imagine alors que l’animal était autrefois un garçon transformé par trois sorcières après avoir tenté de protéger sa petite sœur. Sa fille adore l’histoire et cette anecdote familiale devient progressivement le point de départ d’un film.

Kenny Ortega prend finalement la réalisation tandis que Bette Midler, Kathy Najimy et Sarah Jessica Parker deviennent Winifred, Mary et Sarah Sanderson. Face à elles, Max, sa petite sœur Dani et Allison disposent d’une seule nuit pour empêcher les sorcières de retrouver définitivement leur jeunesse.

Disney possède alors quelque chose d’assez rare : un film familial entièrement construit autour d’Halloween.

Un film d’Halloween… sorti le 16 juillet

Le choix de la date paraît aujourd’hui presque incompréhensible. Pourtant, Hocus Pocus arrive dans les salles américaines le 16 juillet 1993.

Explications…

Disney doit cette année-là également sortir The Nightmare Before Christmas. Afin de ne pas placer ses deux films liés à Halloween en concurrence à l’automne, le studio choisit donc l’été pour Hocus Pocus.

Le public ne se précipite pas immédiatement. Le film démarre à la quatrième place du box-office avec 8,1 millions de dollars lors de son premier week-end et termine son exploitation américaine initiale à environ 39,5 millions. Pas vraiment de quoi annoncer le phénomène culturel à venir.

Car Hocus Pocus va surtout construire sa réputation après sa sortie en salles. La vidéo puis les rediffusions télévisées d’octobre permettent à de nouvelles générations de le découvrir jusqu’à en faire un rendez-vous saisonnier. En 2023, sa ressortie américaine pour son trentième anniversaire rapporte encore près de cinq millions de dollars.

Salem, entre histoire réelle et sorcières de cinéma

Le choix de Salem n’a évidemment rien d’anodin. Le film débute en 1693, lorsque les sœurs Sanderson sont pendues. Les personnages sont imaginaires, mais le scénario les installe juste après l’un des épisodes les plus sombres de l’Amérique coloniale.

Les procès des sorcières de Salem culminent en 1692. Dix-neuf personnes sont exécutées par pendaison tandis que Giles Corey meurt écrasé sous des pierres. Les dernières pendaisons ont lieu le 22 septembre 1692. Des procès se poursuivent encore en 1693, mais le gouverneur William Phips intervient finalement pour empêcher de nouvelles exécutions.

Hocus Pocus ne prétend naturellement pas raconter cette histoire. Il s’approprie plutôt l’image de la sorcière qui s’est progressivement attachée à Salem pour en faire du folklore familial. Et le vrai Salem participe au résultat.

Quand Salem joue Salem

Plusieurs des décors les plus reconnaissables du film existent réellement dans le Massachusetts.

Les scènes d’ouverture de 1693 ont été tournées à Pioneer Village. L’ancienne Phillips Elementary School devient l’école de Max et Allison, le Ropes Mansion sert de demeure à Allison et Old Town Hall accueille la fête où Winifred interprète I Put a Spell on You. Plusieurs scènes extérieures utilisent également Salem Common. Le cimetière où Max rencontre ses nouveaux camarades se trouve, lui, à Old Burial Hill dans la ville voisine de Marblehead.

Trente ans plus tard, ces lieux continuent d’attirer les amateurs du film. Salem elle-même les présente aujourd’hui parmi les étapes liées à Hocus Pocus.  Le film qui utilisait la réputation de Salem pour créer son Halloween est donc devenu, à son tour, une petite partie de la culture populaire de la ville.

L’Amérique que montre Hocus Pouce

Une Amérique résolument années 1990

Si Halloween : La Nuit des masques nous ramenait dans une banlieue américaine de 1978, Hocus Pocus est tout aussi révélateur de son époque. Quinze ans ont passé et l’Amérique de 1993 ne ressemble déjà plus tout à fait à celle de Laurie Strode.

À l’école, les adolescents portent les vêtements caractéristiques du début des années 1990 : pulls en laine, couleurs vives, T-shirts superposés et silhouettes plus amples. Dans les rues, certains enfants rentrent encore chez eux à vélo tandis que passent pickups et berlines aux lignes arrondies typiques de la décennie.

La chambre de Max pourrait presque servir de catalogue de l’adolescence américaine de l’époque. On y trouve un skateboard, un poster, un aquarium, une batterie, un globe terrestre et même un petit panier de basket fixé derrière la porte. Rien n’est véritablement exceptionnel, et c’est peut-être ce qui rend le décor intéressant aujourd’hui : il ressemble à une chambre réellement habitée plutôt qu’à une reconstitution nostalgique des années 1990.

Mais c’est évidemment Halloween qui permet au film de révéler le plus de choses.

Halloween devient une fête pour toute la ville

Les maisons sont décorées de vraies citrouilles et d’ornements encore relativement simples. Certaines en affichent peu, d’autres bien davantage, mais l’ensemble paraît moins standardisé que les décorations contemporaines produites en série. Même les costumes donnent souvent l’impression d’avoir été assemblés à la maison : ninjas, abeilles, astronautes, monstres ou squelettes se croisent dans les rues, parfois accompagnés de maquillage. Dani, huit ans, porte même du rouge à lèvres. Jusqu’au chien affublé d’ailes de diable.

Et surtout, Halloween n’est plus seulement une fête d’enfants. Pendant que ceux-ci parcourent Salem presque librement pour réclamer des bonbons, leurs parents organisent leur propre soirée. Diables, vampires, chevaliers, clowns, crocodiles, squelettes et même Elvis se retrouvent sur la piste de danse. Le film montre ainsi une fête devenue pleinement intergénérationnelle.

Quand il fallait encore penser au caméscope

Un tout petit dialogue résume enfin à lui seul l’Amérique de 1993. Devant quelque chose qu’ils aimeraient immortaliser, les parents de Max regrettent de ne pas avoir apporté la caméra. Aujourd’hui, chacun sortirait instinctivement son téléphone. En 1993, il fallait penser à emporter le caméscope.

Un Halloween déjà spectaculaire, mais encore artisanal

C’est aussi ce qui distingue fortement Hocus Pocus du film de John Carpenter.

En 1978, Halloween restait presque en arrière-plan : quelques citrouilles, des enfants déguisés et des maisons assez peu décorées. En 1993, la fête a gagné les rues, les intérieurs et même les soirées des adultes.

Pourtant, elle conserve quelque chose de plus artisanal que l’Halloween contemporain. Les vraies citrouilles dominent encore les porches. Les costumes ne donnent pas tous l’impression de sortir d’un même catalogue et les jardins ne sont pas encore occupés par d’immenses squelettes ou décorations gonflables. C’est cette atmosphère qui, me semble-t-il, donne aujourd’hui au film une bonne partie de son charme.

Pourquoi regarder Hocus Pocus cette année ?

Parce qu’il ressemble presque à une version idéale de l’Halloween américain familial.

Il y a Salem en automne, les vieilles maisons de Nouvelle-Angleterre, les feuilles mortes, les citrouilles, les enfants qui parcourent les rues, les adultes déguisés, les bonbons et trois sorcières suffisamment inquiétantes pour apporter quelques frissons sans faire de Hocus Pocus un véritable film d’horreur.

Mais il y a aussi cette Amérique de 1993 qui apparaît désormais derrière l’histoire : ses vêtements, ses vélos, ses chambres d’adolescents et ce caméscope que l’on regrette de ne pas avoir pensé à emporter.

Hocus Pocus ressemble finalement moins à un grand film sur Halloween qu’à un souvenir d’Halloween.

Où voir Hocus Pocus ?

En France, Hocus Pocus : Les Trois Sorcières est actuellement disponible en streaming sur Disney+. Il peut également être loué ou acheté notamment sur Apple TV, Amazon Video et Pathé Home. Les catalogues pouvant évoluer, ces disponibilités sont celles constatées en octobre 2026.

Pour ceux qui préfèrent conserver le film dans leur vidéothèque, vous pouvez également le retrouver en cliquant sur le lien suivant :

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