Aller au contenu

Le Marathon de Los Angeles : une histoire presque aussi folle que la ville

Los Angeles n’est probablement pas la première ville à laquelle on pense lorsqu’on imagine un marathon. Ici, les distances se comptent souvent en temps passé dans les embouteillages. Les freeways découpent l’agglomération, les quartiers semblent parfois appartenir à des villes différentes et prendre sa voiture pour parcourir quelques kilomètres fait presque partie du mode de vie local.

Et pourtant, chaque année, des dizaines de milliers de coureurs font exactement l’inverse. Ils abandonnent leur voiture, enfilent une paire de chaussures et tentent de traverser Los Angeles à pied.

L’histoire du marathon de Los Angeles raconte finalement bien davantage que celle d’une course de 42,195 kilomètres. Depuis 1986, ses organisateurs cherchent à résoudre une question presque impossible : comment faire tenir Los Angeles dans un marathon ?

La réponse a beaucoup changé en quarante ans. Le parcours a quitté le Coliseum, traversé Downtown, démarré près d’Universal Studios, rejoint le Dodger Stadium, atteint l’océan Pacifique avant de lui tourner le dos. Entre-temps, des coureurs se sont perdus, une future gagnante a cherché désespérément des toilettes, la pluie a transformé la course en déluge, la chaleur et les Oscars ont même réussi à déplacer une édition.

Bref, une histoire presque aussi folle que la ville elle-même.

Avant 1986, Los Angeles cherche déjà son marathon

Le Marathon de Los Angeles actuel naît officiellement en 1986. Mais Los Angeles avait déjà essayé de faire courir 42,195 kilomètres à ses habitants.

Et tout ne s’était pas exactement déroulé comme prévu.

Au début des années 1980, plusieurs courses tentent de s’imposer dans la région. Lors d’un marathon sponsorisé par Miller Lite, certains participants suivent notamment un véhicule engagé sur la mauvaise route et se retrouvent hors parcours. L’épisode contribue davantage au folklore local qu’à la crédibilité sportive de l’événement.

Los Angeles organise également un marathon peu avant les Jeux olympiques de 1984. Sportivement, l’expérience fonctionne mieux. Mais rien ne permet encore d’imaginer une grande course populaire comparable à celles de Boston ou New York.

Puis arrivent les Jeux.

Pendant quelques semaines, Los Angeles vit au rythme du sport. Le marathon olympique se termine dans le Memorial Coliseum et les Jeux de 1984 laissent derrière eux quelque chose que la municipalité aimerait prolonger : cette sensation rare de voir une ville immense se rassembler autour d’un même événement.

L’idée d’un grand marathon annuel commence alors réellement à prendre forme.

1986 : Los Angeles obtient enfin son marathon

L’homme choisi pour transformer cette idée en réalité s’appelle Bill Burke.

Avant d’aller plus loin, précisons que Burke n’est pas marathonien. Il ne prétend d’ailleurs pas l’être. Homme d’affaires impliqué dans l’organisation du tournoi de tennis des Jeux olympiques de 1984, il aborde le marathon comme un projet à construire. Il s’entoure donc de personnes qui connaissent le sujet, notamment Allan Steinfeld, venu du New York City Marathon, ainsi que Rod Dixon, vainqueur à New York en 1983. Marie Patrick, elle aussi passée par l’organisation olympique, l’accompagne dans l’aventure.

Leur inexpérience donne naissance à une belle anecdote. Lorsqu’un sponsor appelle pour demander si l’espace publicitaire sur les bibs est encore disponible, Burke doit d’abord demander ce que signifie le mot. Il découvre alors qu’il s’agit tout simplement des dossards.

L’objectif initial paraît modeste : réunir 2 500 coureurs serait déjà un succès.

Le 9 mars 1986, ils sont finalement près de 11 000 à prendre le départ. Ric Sayre remporte la course masculine en 2 h 12 min 59 s, tandis que Nancy Ditz s’impose chez les femmes. Les organisateurs parlent d’un immense succès dès le lendemain.

Mais le plus intéressant se trouve peut-être ailleurs. Le parcours relie Downtown, Chinatown, Hollywood et plusieurs communautés de la ville. Dès cette première édition, le marathon ne cherche donc pas seulement 42 kilomètres de routes disponibles : il essaie déjà de montrer Los Angeles.

Pendant vingt ans, le marathon cherche son chemin

Trouver une identité au marathon de Los Angeles va toutefois demander du temps.

Les premières éditions restent liées au secteur du Memorial Coliseum. Dans les années 1990, puis au début des années 2000, les organisateurs modifient régulièrement le tracé, avec notamment des départs et arrivées à Downtown.

En 2007, nouvelle tentative : la course part désormais près d’Universal City avant de rejoindre Downtown. L’idée de transformer les 26,2 miles en véritable visite de Los Angeles devient de plus en plus évidente.

Mais dans cette ville, tracer un marathon ne consiste jamais seulement à relier deux points.

Il faut fermer des routes. Modifier la circulation. Composer avec les habitants, les commerces… et même les églises.

Le problème prend une tournure étonnante en 2009. Plusieurs lieux de culte se plaignent des difficultés d’accès provoquées par le marathon du dimanche matin. La course est donc exceptionnellement déplacée au Memorial Day, un lundi de mai.

Cette fois, ce sont les coureurs qui protestent. La chaleur potentielle inquiète et les inscriptions reculent fortement. Dès l’année suivante, le marathon retrouve son dimanche de mars. Les organisateurs négocient avec les églises situées le long du nouveau tracé ; certaines déplacent leurs offices, tandis que d’autres décident finalement d’encourager les coureurs.

Pendant plus de vingt ans, Los Angeles a donc un marathon.

Il lui manque encore son marathon.

Stadium to the Sea : le parcours dont Los Angeles avait besoin

En 2010, tout change. Frank McCourt, alors propriétaire des Dodgers et désormais aux commandes du marathon, veut transformer la course en véritable destination marathon : une épreuve capable d’attirer des coureurs venus découvrir Los Angeles autant que courir 42,195 kilomètres. Le nouveau concept tient en quatre mots : Stadium to the Sea.

Le départ est donné au Dodger Stadium. Puis le parcours descend vers Downtown, passe près de City Hall et de la Capitol Records Tower, rejoint Hollywood Boulevard, le Walk of Fame, Sunset Strip, West Hollywood, Beverly Hills et Rodeo Drive. Ensuite viennent Century City, Westwood, Brentwood et, enfin, Santa Monica. Au bout : l’océan Pacifique.

Pour la première fois, le marathon quitte même les limites administratives de Los Angeles et traverse quatre municipalités. Plus de 25 000 participants s’inscrivent à cette première édition du nouveau parcours.

Je dois reconnaître que c’est exactement le marathon que j’aurais rêvé de courir. Partir du Dodger Stadium, traverser cette succession de Los Angeles et sentir progressivement l’océan se rapprocher avant de terminer sur Ocean Avenue… Pour un premier marathon dans une ville qui me fascine depuis si longtemps, difficile d’imaginer une arrivée plus symbolique !

Malheureusement pour moi, cette version appartient désormais à l’histoire.

Pourquoi le marathon a-t-il quitté Santa Monica ?

Stadium to the Sea devient pourtant rapidement l’identité du marathon.

Pendant une décennie, l’image est simple et très efficace : partir du stade des Dodgers, traverser Los Angeles et terminer au bord du Pacifique. Alors pourquoi abandonner Santa Monica ?

Lors de l’annonce du changement en 2020, les organisateurs mettent d’abord en avant les contraintes entourant l’arrivée et la possibilité de disposer d’un espace plus important à Century City. Mais la McCourt Foundation apporte ensuite une explication beaucoup plus concrète : selon elle, l’augmentation importante des coûts facturés par Santa Monica pour accueillir l’événement rendait financièrement impossible le maintien de l’arrivée dans la ville. La décision passe mal auprès d’une partie des coureurs.

Lors de l’édition 2021, CBS interroge notamment un participant qui regrette les derniers miles de l’ancien parcours : la descente vers Ocean Avenue, les spectateurs et surtout l’océan au bout de l’effort. Le nouveau tracé impose au contraire un demi-tour dans le secteur de Brentwood pour repartir vers Century City. Je comprends aisément sa frustration.

Stadium to the Stars : le marathon de Los Angeles aujourd’hui

Le nouveau parcours est inauguré en novembre 2021, l’édition ayant été repoussée à l’automne en raison de la pandémie.

Son nom change lui aussi : Stadium to the Stars.

Le Dodger Stadium reste le point de départ. Downtown, Hollywood, Sunset, West Hollywood, Beverly Hills et Brentwood sont toujours au programme. Mais au lieu de poursuivre jusqu’à Santa Monica, les coureurs font demi-tour et repartent vers Century City, où l’arrivée les attend sur Avenue of the Stars.

Le marathon continue donc à traverser une formidable succession de quartiers et de lieux emblématiques. Simplement, le Pacifique a disparu de l’équation.

C’est ce parcours que je découvrirai lors de mon premier marathon. Et plutôt que de le détailler ici kilomètre après kilomètre, je lui consacrerai un article entier : après avoir compris comment le marathon a trouvé son chemin dans Los Angeles, il faudra bien regarder précisément ce qui m’attend. Et probablement commencer à m’inquiéter un peu… 🙂

Une histoire presque aussi folle que Los Angeles

Quarante ans d’existence laissent forcément quelques histoires étranges derrière eux.

À Los Angeles, peut-être encore un peu plus qu’ailleurs.

Chercher des toilettes… et perdre le marathon

En 1997, la Russe Nadezhda Ilyina franchit la ligne d’arrivée la première chez les femmes. Quelques minutes plus tard, elle apprend qu’elle est disqualifiée.

Souffrant d’un problème urinaire, elle avait quitté le parcours au 22e mile pour chercher des toilettes dans une station-service. En revenant sur la route, elle avait involontairement coupé une petite portion du parcours. Les officiels estiment qu’elle en a tiré un avantage et attribuent finalement la victoire à la Kényane Lornah Kiplagat.

Du déluge à la fournaise

La météo californienne sait elle aussi réserver quelques surprises.

En 2011, une pluie torrentielle accompagne les coureurs jusqu’à Santa Monica. Les services médicaux doivent prendre en charge de nombreux participants souffrant du froid et de l’humidité.

Quatre ans plus tard, le problème est exactement inverse. En 2015, la chaleur oblige les organisateurs à avancer le départ. Les températures grimpent fortement dans la journée et des centaines de coureurs nécessitent une assistance médicale.

Los Angeles peut donc faire connaître en quelques éditions pratiquement tous les climats possibles à ceux qui décident de la traverser en courant.

Un marathon, huit records et un flamant rose

En 2017, huit records Guinness sont homologués pendant la course.

Certains participants parcourent les 42,195 kilomètres déguisés en nageur, en hot-dog, en voiture ou encore en flamant rose tridimensionnel.

Je ne sais pas encore dans quel état je terminerai mon propre marathon. Mais au moins, je pourrai me rappeler qu’un jour quelqu’un a parcouru la même distance enfermé dans un flamant rose !

Quand Hollywood déplace le marathon

Et puis il y a 2026…

Le Los Angeles Marathon et les Oscars sont initialement programmés le même jour : le 15 mars. Petit problème : le parcours du marathon passe par Hollywood Boulevard, à proximité immédiate du Dolby Theatre où doit se dérouler la cérémonie.

La maire Karen Bass intervient finalement pour rapprocher les organisateurs. Les Oscars conservent leur date et le marathon est déplacé. Les deux organisations décident même de coordonner davantage leurs calendriers à l’avenir.

Quarante ans après la première édition, organiser un marathon à Los Angeles peut donc encore obliger à négocier avec… Hollywood. Difficile d’imaginer anecdote plus adaptée à cette ville.

42 kilomètres pour comprendre Los Angeles

Pourtant, réduire le marathon à Hollywood, Rodeo Drive et quelques anecdotes amusantes serait passer à côté de ce qui le rend réellement intéressant. Car Los Angeles n’est pas seulement une collection de lieux connus.

Dès 1986, les organisateurs avaient voulu faire traverser différentes communautés aux coureurs. Et cette idée perdure aujourd’hui : en quelques heures, le marathon relie des quartiers qui possèdent chacun leur architecture, leur population, leur histoire et leur manière de vivre la ville. L’une des plus belles conséquences de cette première édition naît d’ailleurs loin des chronomètres.

En 1986, Harry Shabazian, enseignant dans un lycée de rattrapage (continuation high school) de Boyle Heights, court le premier marathon de Los Angeles. L’expérience le marque suffisamment pour qu’il décide ensuite de proposer à certains de ses élèves de préparer la course avec lui. L’idée grandit progressivement. D’autres enseignants rejoignent le projet et Students Run LA finit par devenir une organisation structurée. Aujourd’hui encore, des milliers de collégiens et lycéens de la région s’entraînent chaque année avec des enseignants et bénévoles pour accomplir ce qui pouvait initialement leur sembler impossible : terminer un marathon.

C’est peut-être là que se trouve la véritable réussite du Marathon de Los Angeles. Pendant une journée, les frontières habituelles s’effacent un peu. Downtown rejoint Hollywood. Hollywood rejoint Beverly Hills. Brentwood rejoint Century City.

Et des milliers de personnes parcourent à pied une ville que l’on décrit si souvent comme impossible à traverser sans voiture.

Le Los Angeles que je vais courir

Lorsque j’ai choisi Los Angeles pour mon premier marathon, je savais déjà pourquoi cette ville s’imposait à moi. Son histoire, sa culture, ses contradictions et cette capacité étrange à mélanger mythologie américaine et quotidien le plus banal expliquaient largement mon choix.

En découvrant l’histoire du Marathon de Los Angeles, j’ai compris que la course elle-même racontait finalement quelque chose de très similaire. Depuis 1986, son parcours n’a cessé de changer. Chaque génération d’organisateurs a essayé de trouver les 42,195 kilomètres capables de représenter cette ville immense.

Je regrette évidemment de ne pas connaître Stadium to the Sea. Après quarante kilomètres d’effort, voir le Pacifique apparaître et terminer sur Ocean Avenue aurait constitué une arrivée difficile à égaler.

Mais ce marathon n’existe plus.

Le mien partira du Dodger Stadium et se terminera à Century City. Entre les deux, il restera Los Angeles. Et 42,195 kilomètres pour essayer de la comprendre.

Et vous, quel marathon vous fait rêver ?

Vous avez déjà couru le Marathon de Los Angeles, participé à une grande course à l’étranger ou vous avez simplement un marathon sur votre liste de rêves ?

👉 Rejoignez la discussion sur la Communauté Nick’s Blog et partagez votre expérience, vos conseils ou la course que vous aimeriez prendre au départ un jour.

FAQ – Histoire du marathon de Los Angeles

La première édition du Los Angeles Marathon moderne a eu lieu le 9 mars 1986. Près de 11 000 coureurs s’étaient inscrits, bien au-delà des 2 500 participants initialement espérés par les organisateurs. La course s’inspirait directement de l’héritage des Jeux olympiques de Los Angeles de 1984.

Entre 2010 et 2019, le parcours « Stadium to the Sea » reliait le Dodger Stadium à Santa Monica, avec une arrivée sur Ocean Avenue près du Pacifique. À partir de 2021, l’arrivée a été déplacée à Century City. Les organisateurs ont notamment évoqué les contraintes autour de la zone d’arrivée et l’augmentation des coûts liés à l’organisation à Santa Monica.

« Stadium to the Sea » était le parcours utilisé à partir de 2010. Il partait du Dodger Stadium, traversait Downtown Los Angeles, Hollywood, West Hollywood, Beverly Hills et Brentwood avant de rejoindre Santa Monica et l’océan Pacifique. Il est devenu l’un des parcours les plus emblématiques de l’histoire du marathon de Los Angeles.

Le marathon se termine aujourd’hui à Century City, sur Avenue of the Stars. Le parcours actuel, surnommé « Stadium to the Stars », part toujours du Dodger Stadium et traverse notamment Downtown, Hollywood, West Hollywood, Beverly Hills et Brentwood avant de revenir vers Century City.

Los Angeles est une ville immense, composée de quartiers très différents et fortement dépendante de la circulation automobile. Depuis 1986, les organisateurs ont régulièrement modifié le parcours pour mieux représenter la ville, améliorer la logistique, limiter les contraintes liées aux fermetures de routes et proposer une expérience plus attractive aux coureurs.