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Semi de Cannes : courir là où je me sens vivant

Si le Semi Marathon du Beaujolais était celui du cœur, le Semi de Cannes est celui du plaisir. Le Beaujolais, c’était mes racines ; Cannes, c’est ce qui me ressemble profondément. Le soleil, l’odeur du port, la mer à perte de vue, la lumière qui frappe les façades claires au petit matin : tout ce que j’aime est là. Et lorsque je cours dans ce décor, j’ai immédiatement le sentiment d’être exactement à ma place.

Une inscription sur un coup de tête

Je m’inscris au Semi de Cannes presque par hasard. À ce moment-là, je prépare encore le semi du Beaujolais lorsque je tombe sur des photos de la course. Le parcours longe la mer, l’ambiance semble lumineuse… et je clique.

Liste d’attente.

Très vite, je n’y crois plus. Pourtant, le 7 février, un email arrive : une place s’est libérée. Je relis le message deux fois. C’est loin, presque 500 kilomètres. Mais justement… c’est loin, et c’est aussi pour ça que j’ai envie d’y aller.

500 kilomètres vers le sud

Je pars le samedi midi. Beaucoup diraient que c’est déraisonnable pour une course de 21 kilomètres : 500 km à l’aller, 500 km au retour, moins de 24 heures sur place. De mon côté, j’y vois un road trip, une parenthèse.

Rouler vers le sud a toujours quelque chose de particulier. Progressivement, la lumière change, l’air devient plus doux, les odeurs annoncent presque le printemps et les panneaux indiquent la Méditerranée. Je ne subis pas la route, au contraire, je la savoure parce qu’elle fait pleinement partie de l’aventure. Le lendemain, je repartirai presque aussitôt, la médaille autour du cou, fatigué sans doute, mais heureux, c’est certain.

Le port de Cannes, 8h30

Dimanche matin, après un café pris sur la plage, je marche. Je marche beaucoup et réalise quelques foulées avant le départ, peut-être trop. Ma Garmin affiche déjà 8 000 pas avant même d’entrer dans mon sas.

Autour de moi, le port de Cannes est noir de monde : 3 000 coureurs sur le semi, 250 bénévoles mobilisés. L’organisation est fluide et efficace, bien loin du flou du départ dans le Beaujolais où personne ne semblait vraiment d’accord sur le chemin à prendre pour rejoindre le sas. Ici, tout est clair, structuré, presque millimétré.

L’attente reste raisonnable et, à 8h30 précises, le départ est donné. Cette fois, personne ne marche : le peloton s’élance immédiatement à un bon rythme. Un peu trop bon, d’ailleurs.

Je vise 5:40/km. Pourtant, lorsque je regarde ma montre, j’aperçois 5:05, puis 5:10, puis 5:00. Je le sais, c’est trop rapide. Néanmoins, porté par le rythme général et par une ambiance plus compétitive que chaleureuse, je ne ralentis pas. Le niveau est élevé, ça court vite — très vite — et je me laisse entraîner.

Courir entre ciel et mer

Le parcours est entièrement plat et se compose de deux allers-retours. On part vers l’est, on revient vers l’ouest, demi-tour avec la mer sur la droite, puis un second aller-retour plus long que le premier — ce qui me surprend, car je ne m’y attendais pas.

Pourtant, le décor compense largement. La mer scintille, le sable capte la lumière et l’air est doux, presque immobile. J’aperçois même des gens qui nagent ! À cet instant, je me dis que je suis venu précisément pour ça : courir entre ciel et mer, sans autre contrainte que le mouvement.

Le kilomètre 10… et l’arrêt imprévu

Au dixième kilomètre, une pause s’impose. Il n’y a pas de toilettes aux ravitaillements, seulement des sanitaires publics. Dommage !

J’attends que la personne devant moi termine, puis le système d’auto-nettoyage se déclenche. Les secondes passent et je perds deux ou trois minutes ; toutefois, je repars plus léger et surtout plus serein.

Il va vraiment falloir que je trouve une solution pour éviter cette envie après les premières minutes de course, car c’est presque systématique.

Au ravitaillement, je prends une figue séchée ainsi qu’une petite bouteille d’eau que je garde jusqu’à la prochaine poubelle. Beaucoup boivent une gorgée avant de jeter immédiatement la bouteille, et cette habitude me dérange un peu.

S’accrocher pour terminer

Dès le kilomètre 12, les jambes deviennent plus lourdes. Je prends alors un gel, testé une semaine plus tôt sur une sortie longue — et c’est une bonne décision. Au quinzième kilomètre, je reprends une figue et une nouvelle bouteille, en jetant la première, désormais vide.

Lorsque j’aborde le dernier demi-tour, les muscles tirent franchement. Accélérer n’est plus une option ; désormais, l’objectif est simple : ne pas ralentir. Un peu plus loin, j’identifie deux filles régulières, calées à 5:25/km comme des horloges. Je décide de les suivre et de ne pas les lâcher, avec l’idée, peut-être, de les dépasser sur la ligne.

Les trois derniers kilomètres sont difficiles, très difficiles même. Pourtant, je m’accroche, je reste dans leur sillage et je refuse de décrocher. Dès que je vois la distance entre nous se creuser, j’accélère. Si je tiens ce rythme, c’est en grande partie grâce à elles.

Sur le bord de la route, quelques enfants tendent la main ; je n’en manque aucune, car chaque high five apporte un supplément d’énergie.

Quelqu’un crie :

« Plus que 300 mètres… ou 400 peut-être ! »

Je réponds en souriant (autant que faire se peut) :

« On va garder 300 ! »

Un peu plus loin, une autre voix annonce :

« 300 mètres avant l’arrivée ! »

Mince… Puis la même personne ajoute :

« Que de la descente maintenant ! »

Alors je cesse d’analyser. Je fonce et je donne tout ce qu’il me reste.

1h55 et beaucoup d’émotion

Je franchis l’arrivée vidé.

Une jeune femme me remet la médaille en me disant :

« Bravo, monsieur. »

Le “monsieur” me fait sourire et me donne, au passage, un léger coup de vieux. Un homme d’une cinquantaine d’années me voit hésiter, près à tomber. Il me tape dans l’épaule et m’encourage :

« Allez, marche mon gars. C’est bien, ça va aller. »

Je marche, je respire et je réalise peu à peu ce qui vient de se passer.

Je visais moins de deux heures. Malgré l’arrêt imprévu, je termine le Semi de Cannes en 1h55 officiel, ce qui dépasse mes attentes.

Je suis heureux, vraiment heureux. La médaille est magnifique, le cadre était idyllique et le niveau relevé. Certes, l’ambiance était moins chaleureuse que dans le Beaujolais, mais ce semi me correspond davantage : il reflète ce que j’aime, la mer, la lumière, le sud et le mouvement.

Je repense également à Irina, rencontrée sur place, après la course. Inscrite la veille, tombée pendant la course, blessée et pourtant détentrice d’un chrono autour de 2h10. Impressionnant. Ces rencontres font pleinement partie de l’expérience.

Deux semis, deux visages

Le Semi Marathon du Beaujolais était chargé d’émotion, presque intime. À l’inverse, le Semi de Cannes s’est révélé plus fluide, plus rapide et plus solaire. L’un m’a ancré tandis que l’autre m’a porté ; néanmoins, tous les deux me rapprochent du même objectif : le marathon en 2027 !

Je sais toutefois que le chemin reste long, car 21 kilomètres, même en 1h55, ce n’est pas 42. Il me reste donc du travail, des entraînements et des ajustements à effectuer avant de franchir un nouveau cap.

Prochaine étape

La prochaine course aura lieu le 8 mars, en bord de Saône, sur un parcours que je connais presque par cœur puisque certaines portions correspondent exactement à ma zone d’entraînement.

Après la lumière méditerranéenne et l’ouverture du Semi de Cannes, l’ambiance sera différente. Elle sera moins spectaculaire, sans doute, mais probablement plus stratégique, car courir sur un terrain familier impose une autre exigence : celle de ne plus pouvoir se cacher derrière la découverte.

Désormais, chaque course construit quelque chose de plus grand. Non seulement un chrono, mais aussi une trajectoire cohérente qui me rapproche progressivement de mon objectif final… loin d’ici !