Chaque week-end, Robert Aldrich ouvre la porte de son garage en Californie et choisit l’une de ses quatre Mustang II pour aller à l’église, rendre visite à ses parents ou simplement profiter d’une balade. Ainsi, chacune d’entre elles prend la route environ une fois par mois. Parmi elles se trouve une Mustang II un peu particulière : une Stallion de 1976, achetée seulement 250 dollars en 1996 et restaurée avec passion au fil des années.
Aujourd’hui, cette voiture est devenue l’une des Mustang II Stallion les plus connues au monde. Elle a été présentée dans plusieurs magazines spécialisés, figure dans plusieurs ouvrages consacrés à la Mustang et a même inspiré une miniature à son image. Pourtant, rien ne destinait cette modeste Mustang II à un tel parcours lorsqu’elle a quitté l’usine de San Jose en 1976.
Comment une simple Mustang II achetée 250 dollars est-elle devenue l’une des Stallion les plus connues au monde ?
Pour répondre à cette question, il faut revenir près d’un demi-siècle en arrière. En 1976, Ford cherche à séduire une nouvelle génération d’automobilistes. Les années des grosses cylindrées triomphantes sont désormais derrière lui. Les jeunes acheteurs veulent des voitures plus économiques, mais sans renoncer au plaisir de conduire ni à une allure sportive.
C’est dans ce contexte que Ford lance, pour le millésime 1976, deux nouvelles finitions destinées à renforcer le caractère de la Mustang II : la très médiatique Cobra II et la beaucoup plus discrète Stallion.

La Stallion : une nouvelle finition pour séduire les jeunes américains
Une Mustang adaptée à son époque
En 1976, la Mustang II est déjà bien installée dans le paysage automobile américain. Lancée deux ans plus tôt, elle succède à la première génération de Mustang dans un contexte bien différent. Les chocs pétroliers, les nouvelles normes antipollution et les exigences croissantes en matière de sécurité ont changé les attentes des automobilistes. Les années des grosses cylindrées et des muscle cars triomphants appartiennent désormais au passé.
Face à cette nouvelle réalité, Ford fait un choix audacieux. Plutôt que de chercher à prolonger une formule devenue inadaptée, le constructeur développe une Mustang plus compacte, plus légère et plus économique. Si cette stratégie lui vaut de nombreuses critiques au fil des décennies, elle répond pourtant parfaitement aux attentes du marché de l’époque. La Mustang II rencontre d’ailleurs un véritable succès commercial, au point de devenir l’une des générations les plus vendues de l’histoire du modèle.
Pour comprendre pourquoi la Mustang II a longtemps été sous-estimée avant d’être progressivement réhabilitée, je vous invite à découvrir mon article consacré à la Mustang II.
Ford cible une nouvelle génération d’automobilistes
À l’approche du millésime 1976, Ford souhaite renforcer l’image de sa sportive. Les études marketing menées par le constructeur montrent qu’une grande partie des acheteurs de moins de trente ans accordent davantage d’importance au style et à l’apparence qu’aux performances pures. Dans un document destiné à son réseau de concessionnaires, Ford résume cette évolution en une phrase :
« Young people still want exciting cars. »
Cette simple affirmation résume parfaitement la stratégie qui conduira à la création des Stallion et Cobra II. Les concessionnaires reçoivent d’ailleurs une documentation détaillant les raisons de ce positionnement marketing, que nous allons découvrir un peu plus loin dans cet article.
C’est dans cette optique que naissent les nouvelles finitions Stallion et Cobra II. Toutes deux misent avant tout sur le style, mais chacune s’adresse à un public différent. La Cobra II affiche une personnalité démonstrative, inspirée des Shelby GT350, avec ses bandes décoratives, ses prises d’air et ses spoilers. La Stallion adopte une approche plus sobre. Son identité repose sur un traitement noir contrastant avec des couleurs vives de carrosserie, créant une silhouette élégante et immédiatement reconnaissable.
Ford ne réserve d’ailleurs pas cette stratégie à la Mustang II. Le Stallion Group est également proposé sur la Pinto et la Maverick. L’idée est simple : offrir une finition valorisante à faible coût de développement, capable d’apporter un véritable impact visuel sans modifier la mécanique des véhicules.
Pour aller plus loin : la Cobra II
Dans cet article, nous nous intéressons à la Mustang II Stallion. Mais cette même année voit également apparaître la Cobra II. Si vous souhaitez découvrir l’histoire de cette version bien plus connue que la Stallion, je vous invite à lire mon article sur la Mustang II Cobra II : la sportive qui a redonné du caractère à la Mustang.

Qu’est-ce que le Stallion Group ?
Une finition avant tout esthétique
La Stallion ne constitue pas un modèle distinct. Ford la désigne comme un Option Group donc un ensemble d’équipements et d’éléments esthétiques pouvant être ajouté à une Mustang II lors de sa commande. Aujourd’hui, on parlerait plus volontiers d’un pack de finition. L’objectif est simple : transformer l’apparence de la voiture sans modifier sa mécanique. Cette stratégie permet à Ford de proposer une Mustang au caractère plus affirmé tout en limitant les coûts de développement. La Stallion est l’un des exemples les plus emblématiques de cette stratégie dans les années 1970.
Ainsi, et contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la Stallion n’apporte aucun gain de puissance. Les motorisations disponibles restent celles du catalogue Mustang II de 1976, du quatre cylindres 2,3 litres au V8 302 ci.
Toute la personnalité de cette finition repose donc sur son apparence. Ford joue sur les contrastes en associant une carrosserie aux couleurs vives à de nombreux éléments peints en noir. Le résultat est à la fois élégant, moderne et immédiatement identifiable.
Cette approche correspond parfaitement à la philosophie de Ford à cette époque. Les études marketing montrent que les jeunes automobilistes recherchent avant tout une voiture au style affirmé. Le constructeur répond donc à cette attente sans augmenter le prix de manière excessive ni modifier les caractéristiques techniques de la Mustang II.
Les équipements spécifiques de la Stallion
Une Mustang II Stallion se distingue par plusieurs éléments caractéristiques :
- des autocollants Stallion sur les ailes avant ;
- une calandre noire dépourvue de l’emblème Mustang ;
- des jantes Styled Steel Wheels de série ;
- des baguettes latérales spécifiques, identiques à celles de la Mach 1.
- des entourages de pare-brise et de lunette arrière peints en noir ;
- des bras d’essuie-glace noirs ;
- les parties inférieures des ailes, des portes, des bas de caisse et des pare-chocs peintes en noir ;
Robert Aldrich attire également l’attention sur un détail souvent méconnu : les coupés Stallion sont les seuls Mustang II Hardtop à recevoir les fines baguettes latérales utilisées sur la Mach 1. Pour Robert, il s’agit d’ailleurs d’un excellent indice lorsqu’il identifie une Stallion lors d’un rassemblement :
« If you ever see a Mustang II coupe with the narrow Mach 1 type body side trim, the car may be a Stallion. Because the Stallion was the only Mustang II coupe to use that trim. »
Robert Aldrich
Cinq couleurs pour une identité unique
La finition Stallion est disponible dans cinq teintes de carrosserie, toutes associées au traitement noir caractéristique du modèle :
- Polar White (9D)
- Bright Red / Vermilion (2R)
- Silver Metallic (1G)
- Bright Yellow (6E)
- Silver Blue Glow (3M)
Les brochures commerciales présentent généralement la Stallion dans sa livrée noire et argent, mais les cinq couleurs offrent chacune une personnalité bien différente. L’exemplaire de Robert, peint en Bright Yellow, est probablement la combinaison la plus spectaculaire. Le contraste entre le jaune vif et les éléments noirs met particulièrement en valeur les lignes de la Mustang II.
Les clients pouvaient également choisir une peinture bicolore, proposée en option sur la Stallion et également disponible sur la Mach 1. Cette présentation ajoutait des bandes peintes reliant les parties supérieures et inférieures de la carrosserie, renforçant encore son caractère sportif.

Une rareté qui ne saute pas aux yeux
À première vue, une Stallion peut facilement passer pour une Mustang II simplement personnalisée. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles de nombreux exemplaires ont longtemps été ignorés ou modifiés au fil des années.
Aujourd’hui encore, il arrive de voir des Mustang II de 1977 ou 1978 équipées de décalcomanies Stallion et présentées à tort comme des modèles d’origine. Robert constate régulièrement cette confusion, qui entretient plusieurs idées reçues autour de cette finition.
C’est également pour cette raison que le Marti Report est devenu un document indispensable pour authentifier une véritable Stallion.
Une finition pensée pour attirer une nouvelle génération
Les brochures commerciales de la Mustang II Stallion mettent naturellement en avant son style. En revanche, les documents destinés au réseau de concessionnaires révèlent une stratégie bien plus ambitieuse. Pour Ford, la Stallion n’est pas seulement une nouvelle finition : elle doit attirer une clientèle plus jeune dans les concessions et renforcer durablement son attachement à la marque.
Les documents internes de Ford ne laissent d’ailleurs aucun doute sur cette ambition commerciale. L’un d’eux résume parfaitement la philosophie du projet :
« The New 1976 Ford Stallions are here to build youth traffic in your showroom now! »
Séduire les moins de 30 ans
Au milieu des années 1970, le marché automobile américain évolue rapidement. Les jeunes conducteurs recherchent des voitures plus compactes, plus économiques et plus faciles à utiliser au quotidien. Pour autant, ils ne souhaitent pas renoncer à une voiture qui se démarque visuellement.
Les études réalisées par Ford montrent que cette clientèle privilégie trois critères : l’économie, le style et le comportement routier. Le confort et l’habitabilité passent au second plan.
Les documents internes du constructeur résument cette évolution sans détour :
“Many of today’s car buyers are turned on by cars that look good and are exciting to drive.”
Ford estime alors que les 16 à 30 ans représentent près de 27 % de la population américaine, mais surtout près d’un tiers des ventes automobiles. Plus révélateur encore, 68 % de leurs achats concernent des voitures compactes.
Pour le constructeur, la Mustang II Stallion constitue donc une réponse parfaitement adaptée à cette nouvelle génération d’automobilistes.

Construire une fidélité à la marque
Les archives de Ford montrent que l’objectif dépasse largement la vente d’une simple voiture.
Le constructeur explique à ses concessionnaires que les jeunes acheteurs n’ont pas encore développé de véritable fidélité envers une marque. En les séduisant avec une Mustang II Stallion ou une Cobra II, Ford espère les voir revenir quelques années plus tard pour acheter un modèle plus grand ou plus puissant.
Cette stratégie est résumée dans une phrase particulièrement révélatrice :
“Young people can be your future repeat customers.”
Autrement dit, la Stallion est pensée comme une véritable porte d’entrée dans l’univers Ford.
Avec le recul, cette approche paraît particulièrement moderne. Aujourd’hui encore, de nombreux constructeurs développent des versions sportives ou des finitions spécifiques afin d’attirer de jeunes acheteurs qui resteront peut-être fidèles à la marque pendant plusieurs décennies.

Une réponse face à une concurrence de plus en plus forte
Ford n’est évidemment pas seul sur ce terrain.
À la même époque, plusieurs constructeurs américains multiplient les modèles à l’apparence sportive afin de séduire cette clientèle. Les documents remis aux concessionnaires citent d’ailleurs explicitement plusieurs concurrentes de la Stallion :
- Chevrolet Vega GT ;
- AMC Gremlin X ;
- AMC Pacer X ;
- Chevrolet Nova SS.
Pour la Mustang II, Ford vise également des modèles plus prestigieux comme la Pontiac Firebird Trans Am, la Chevrolet Camaro Rally Sport ou encore la Toyota Celica ST, dont l’image sportive séduit de plus en plus les jeunes Américains. Pour découvrir comment la Mustang II se positionnait face à ses principales rivales, je vous invite à lire mon article consacré aux concurrentes de la Mustang II.
Une finition discrète, mais efficace
Contrairement à la Cobra II, dont le style spectaculaire attire immédiatement le regard, la Stallion inspire la sobriété.
Ses éléments noirs contrastant avec des couleurs vives donnent à la Mustang II une allure plus dynamique. On ne tombe pas pour autant dans l’exubérance. Cette approche permet également à Ford de limiter les coûts de production. En effet, la finition repose presque exclusivement sur des modifications esthétiques.
Ce choix explique sans doute pourquoi la Stallion est longtemps restée dans l’ombre de la Cobra II. Cette discrétion constitue pourtant aujourd’hui l’une de ses principales qualités. Les collectionneurs apprécient justement cette élégance plus mesurée, qui reflète parfaitement l’esprit de la Mustang II des années 1970.
1 942 Stallion en version coupés
Les brochures publicitaires mettent principalement en avant la Stallion Hatchback. Pourtant, 1 942 exemplaires de la version Coupé (Hardtop) sont également produits en 1976. C’est cette carrosserie que possède Robert Aldrich, et c’est aujourd’hui la plus rarement rencontrée lors des rassemblements.

L’histoire de Robert Aldrich et de sa Stallion
Une annonce dans le journal et 250 dollars
Au milieu des années 1990, la Mustang II n’intéresse encore que peu de collectionneurs. Beaucoup d’exemplaires finissent à la casse ou sont revendus pour quelques centaines de dollars. À cette époque, Robert Aldrich restaure déjà une Mustang II Cobra II de 1976. Il se fait alors une promesse : la prochaine Mustang II vendue à bas prix sera pour lui.
En 1996, cette occasion se présente enfin. En parcourant les petites annonces de son journal local, il découvre une Mustang II Stallion proposée à seulement 250 dollars. Sans hésiter, il parcourt près de cinq kilomètres à pied pour aller la voir. Malgré son état, il décide immédiatement de l’acheter et repart à son volant.
« The car wouldn’t idle, but it made it the three miles. »
Le moteur peine à tenir le ralenti, mais la voiture rejoint malgré tout son nouveau garage.
Une Mustang utilisée comme un utilitaire
L’ancien propriétaire est entrepreneur dans le bâtiment. Pour lui, la Mustang II n’a rien d’une voiture de collection : elle sert quotidiennement de véhicule de travail.
Au fil des années, elle accumule les mauvais traitements. Lors d’une intervention sur un chantier boueux, son conducteur perd le contrôle et heurte un arbre. La porte conducteur est endommagée et le choc déforme également la baie de pare-brise.
Le coffre raconte lui aussi cette vie difficile. Il est rempli d’eau, de boue et de clous rouillés.
La mécanique n’a pas été davantage épargnée. La boîte de vitesses quatre rapports d’origine a été remplacée par une transmission provenant d’une Ford Pinto. Le levier de vitesses se retrouve alors si avancé qu’il vient presque toucher le tableau de bord.
Pourtant, sous cette apparence fatiguée, Robert remarque immédiatement un détail essentiel : la carrosserie est pratiquement exempte de corrosion. À ses yeux, cette Mustang mérite d’être sauvée.

Une restauration guidée par la passion
Pendant plusieurs années, Robert entreprend une restauration complète. Comme beaucoup de passionnés américains, il combine des pièces NOS (New Old Stock). Il s’agit de pièces d’occasion soigneusement sélectionnés. Travaillant alors dans une concession Ford, il bénéficie également d’un accès privilégié à certaines pièces devenues rares. C’est notamment dans ces circonstances qu’il récupère un jeu d’autocollants Stallion d’origine.
« One of the Ford Auto Transport drivers noticed my Mustang II in the dealership parking lot. He told me he had a set of NOS Stallion decals and asked if I could use them. »
Au fil de la restauration, Robert ajoute également plusieurs équipements proposés par Ford à l’époque. C’est le cas des rétroviseurs sport à double commande, une horloge de tableau de bord, un autoradio AM/FM, un éclairage de coffre ou encore un éclairage sous le capot.
Ces accessoires n’étaient pas installés d’origine sur sa voiture. Néanmoins, ils restent parfaitement cohérents avec ce qu’un concessionnaire Ford aurait pu proposer en 1976. Robert aime d’ailleurs en plaisanter :
« I worked at a Ford dealership for 18 years, so you could say they were dealer-installed! » (rires)
D’une restauration personnalisée au retour à l’origine
Au terme de plusieurs années de travail, la Stallion retrouve enfin la route.
Comme beaucoup de passionnés de Mustang II à cette époque, Robert choisit de lui apporter une touche plus personnelle. Un spoiler avant de Cobra II, des vitres teintées, des caches de phares fumés, un cache-culbuteurs Ford Motorsport, un moteur peint en rouge ainsi qu’un fin liseré rouge viennent compléter sa présentation.
Ces modifications reflètent parfaitement l’esprit des années 1990. La Mustang II est alors encore largement sous-estimée et rares sont ceux qui s’intéressent à l’authenticité de ces modèles. L’objectif est avant tout de construire une voiture agréable à regarder, fidèle aux goûts de son propriétaire.
Robert est alors loin d’imaginer que cette Stallion deviendra, quelques années plus tard, l’un des exemplaires les plus connus de cette rare finition.

Une Mustang devenue une référence
Quand la rareté change le regard
Au début des années 2000, la perception de la Mustang II commence lentement à évoluer. Les recherches historiques se multiplient, les Marti Reports deviennent accessibles et les collectionneurs s’intéressent de plus près aux différentes finitions proposées par Ford. Robert découvre alors que sa Stallion Hardtop fait partie des 1 942 exemplaires produits. Plus il échange avec d’autres passionnés, plus il prend conscience de la rareté de sa voiture.
Cette découverte change progressivement son regard. Les modifications qu’il avait réalisées quelques années plus tôt lui paraissent désormais moins importantes que la préservation de l’authenticité de cette finition méconnue. Il retire alors le spoiler de Cobra II, repeint le moteur dans sa teinte Ford Corporate Blue d’origine et revient à une présentation beaucoup plus fidèle à celle imaginée par Ford en 1976.
Aujourd’hui, seuls quelques équipements ajoutés à l’époque subsistent, comme les rétroviseurs sport, les jantes en aluminium cinq branches, le fin liseré rouge ou encore l’autoradio AM/FM cassette. Aucun de ces éléments n’a nécessité de modification irréversible et tous pourraient être retirés si Robert souhaitait un jour revenir à une configuration strictement d’origine.
Une voiture remarquée par la presse spécialisée
Cette recherche d’authenticité ne passe pas inaperçue.
En 2004, la Stallion est mise à l’honneur dans Mustang & Fords sous le titre Stellar Stallion. Pour Robert, cette publication représente bien plus qu’un simple article.
Adolescent, il admirait les voitures présentées dans les magazines automobiles. L’un de ses voisins avait même vu sa Chevrolet figurer en couverture de Hot Rod Magazine. À cette époque, Robert se prend à rêver qu’un jour, l’une de ses propres voitures connaîtra le même destin.
Près de trente ans plus tard, ce rêve devient réalité.
“When I was in junior high school, I hoped one day I would have a cool car in a magazine.”
Depuis cette première publication, plusieurs de ses Mustang II apparaissent dans des magazines spécialisés, des calendriers et différents ouvrages consacrés à la Mustang. Sa Cobra II de 1978 fait même la couverture de Legendary Ford Magazine en janvier 2008. Malgré cette reconnaissance, Robert conserve une affection particulière pour la Stallion.
“Because the Stallion was the first, it has a special place in my heart.”
Robert Aldrich

Une référence pour les passionnés de Mustang II
Au fil des années, la Stallion de Robert devient l’un des exemplaires les plus souvent photographiés et documentés.
Elle est notamment présentée dans Mustang Monthly en 2018, puis dans Mustang Times en 2023. On la retrouve également dans plusieurs ouvrages de référence, parmi lesquels Mustang Special Editions de Jonathan et Jeffrey Klein, Unbridled de Robert Kennedy ou encore Ford Mustang II de Don Narus.
Une surprise attend même Robert quelques années plus tard.
Un fabricant de miniatures commercialise une reproduction au 1/43 de sa Stallion. Pour lui, il ne fait aucun doute que cette miniature est directement inspirée de sa voiture.
“I know the replica was based off my Stallion because it even has the red pinstripe that I added to my car.”
Ce détail est révélateur. Le fin liseré rouge n’a jamais été proposé par Ford sur la Stallion. Il s’agit d’un ajout personnel réalisé lors de la restauration. Le retrouver sur une miniature constitue donc une preuve presque certaine que le fabricant s’est appuyé sur les photographies de sa voiture. Peu de collectionneurs peuvent se vanter d’avoir vu leur propre Mustang reproduite à cette échelle.

Une passion toujours intacte
Près de trente ans après son achat, Robert continue de faire vivre sa Stallion.
Cette utilisation régulière est loin d’être anodine. Pour Robert, une voiture ancienne est faite pour rouler. C’est aussi ce qui explique son regard optimiste sur l’avenir de la Mustang II. Longtemps moquée, cette génération bénéficie aujourd’hui d’un intérêt croissant. Les articles spécialisés se multiplient, les ouvrages de référence lui consacrent enfin une place méritée et les fabricants de miniatures enrichissent régulièrement leurs catalogues.
Pour Robert, tous ces signes montrent une chose : la Mustang II est enfin en train d’obtenir la reconnaissance qu’elle mérite.

Une discrétion qui fait aujourd’hui sa force
En préparant cet article, je me suis souvent surpris à penser que la Stallion ressemblait finalement à la Mustang II elle-même. Toutes deux ont longtemps été sous-estimées, parfois moquées, avant que les passionnés ne prennent le temps de redécouvrir leurs qualités et leur place dans l’histoire de Ford.
Robert Aldrich résume d’ailleurs parfaitement cette évolution. Lorsqu’il achète sa Stallion en 1996, il sauve avant tout une Mustang II promise à l’oubli. Trente ans plus tard, cette même voiture est devenue l’un des exemplaires les plus documentés de cette finition et continue d’attirer l’attention partout où elle apparaît.
Finalement, la Stallion n’avait peut-être pas besoin d’être la plus spectaculaire pour marquer l’histoire. Il lui suffisait d’attendre que les passionnés lui accordent enfin le regard qu’elle méritait.
Un projet de Stallion II en 1977
Au cours de mes échanges avec Robert Aldrich, celui-ci m’a également signalé un projet aujourd’hui largement oublié. Ford aurait envisagé une Stallion II pour le millésime 1977, finalement jamais commercialisée. D’après les documents qu’il conserve, le célèbre médaillon Stallion destiné au volant sport à trois branches faisait probablement partie de ce projet abandonné. Cela explique pourquoi ce médaillon, parfois associé à tort à la Stallion de 1976, n’a en réalité jamais équipé les modèles produits cette année-là.

Conclusion
Une finition qui mérite d’être redécouverte
Lorsque Ford lance la finition Stallion en 1976, son ambition est relativement simple : proposer une Mustang II au style plus affirmé, capable de séduire une clientèle jeune sans modifier profondément la voiture. Rien ne laisse alors présager que cette discrète finition, commercialisée pendant une seule année, deviendra l’une des variantes les plus rares et les plus méconnues de la deuxième génération de Mustang.
Près d’un demi-siècle plus tard, la Stallion raconte une toute autre histoire. Celle d’une époque où le style comptait parfois autant que les performances. Celle d’une Mustang longtemps restée dans l’ombre de la Cobra II, avant d’être progressivement redécouverte par les passionnés et les collectionneurs.
Une histoire d’hommes autant que de voitures
Mais au-delà de son histoire, la Stallion rappelle surtout que la valeur d’une voiture de collection ne se mesure pas uniquement à son nombre d’exemplaires produits ou à sa cote sur le marché. Elle se construit aussi à travers les femmes et les hommes qui la préservent, la documentent et continuent de la faire vivre.
Adolescent, Robert admirait les voitures publiées dans les magazines automobiles en rêvant qu’un jour, l’une des siennes y trouverait sa place. Des décennies plus tard, ce rêve est devenu réalité. Mais je crois que ce n’est pas ce qui rend sa Stallion si particulière.
Ce qui la rend véritablement exceptionnelle, c’est qu’elle continue, près de cinquante ans après sa sortie d’usine, à raconter une histoire, à transmettre une mémoire et à créer des liens entre des passionnés qui ne se seraient probablement jamais rencontrés sans elle.
Une histoire qui continue de s’écrire
Au fond, c’est peut-être cela qui résume le mieux la Mustang II Stallion. Une finition imaginée pour attirer de jeunes automobilistes dans les concessions Ford en 1976… et qui, près d’un demi-siècle plus tard, continue de susciter des rencontres, de transmettre une histoire et de rapprocher des passionnés des deux côtés de l’Atlantique.
Chaque mois, Robert Aldrich ouvre la porte de son garage. Et tant que cette porte continuera de s’ouvrir, l’histoire de cette Mustang II Stallion continuera, elle aussi, de s’écrire.

Sources et remerciements
Cet article n’aurait jamais pu être aussi complet sans l’aide précieuse de Robert Aldrich, que je remercie chaleureusement pour le temps qu’il m’a consacré.
Au fil de nos échanges, Robert a partagé bien plus que l’histoire de sa Mustang II Stallion. Il m’a ouvert ses archives personnelles, transmis son Marti Report, des photographies récentes et d’époque, plusieurs documents internes de Ford ainsi que de nombreux souvenirs accumulés au cours de près de trente années passées au volant de cette voiture.
Sa disponibilité m’a également permis de vérifier de nombreux détails techniques, de corriger certaines idées reçues et d’apporter un regard de propriétaire passionné sur une finition encore largement méconnue.
Je tiens également à remercier Robert pour la confiance qu’il m’a accordée en m’autorisant à illustrer cet article avec ses photographies personnelles. Elles permettent de retracer l’histoire de cette Stallion de manière beaucoup plus vivante qu’un simple catalogue de documents d’époque.
À travers cet article, j’espère contribuer, à mon tour, à faire connaître cette étonnante Mustang II Stallion et à préserver un petit morceau de son histoire.
FAQ — Mustang II Stallion
Non. Contrairement à une idée répandue, la Stallion n’est pas un modèle distinct de la Mustang II. Ford la désigne officiellement comme un Option Group, c’est-à-dire un ensemble d’équipements esthétiques proposés en option. Cette finition modifie l’apparence de la voiture, mais ne change ni sa mécanique ni ses performances.
La Stallion n’a été proposée que durant le millésime 1976. Selon les données de Kevin Marti, 1 942 exemplaires Hardtop ont été produits. La majorité des Stallion étaient toutefois des versions Hatchback (2+2), dont le nombre exact reste inconnu.
Une Stallion d’origine se distingue notamment par ses autocollants Stallion sur les ailes avant, sa calandre noire dépourvue de l’emblème Mustang, son traitement noir sur les parties basses de la carrosserie et ses jantes Styled Steel. Le Marti Report reste néanmoins le meilleur moyen de confirmer l’authenticité d’un exemplaire.
Oui, même si elle est extrêmement rare. Les documents internes de Ford montrent que le Stallion Group pouvait être associé à une Mach 1 grâce à une peinture bicolore spécifique. Robert Aldrich ne connaît qu’une seule photographie officielle d’époque représentant une Mach 1 Stallion, ce qui laisse penser qu’il s’agit aujourd’hui de l’une des variantes les plus rares de la Mustang II.
La Cobra II bénéficiait d’un style beaucoup plus spectaculaire et d’une communication importante de la part de Ford. La Stallion, plus discrète, reposait essentiellement sur un traitement esthétique noir et des détails de finition. Longtemps restée dans l’ombre, elle suscite aujourd’hui un intérêt croissant auprès des collectionneurs en raison de sa rareté et de son élégance.
Oui. Même si elle reste moins médiatisée que la Cobra II, la Stallion est devenue une finition particulièrement appréciée des passionnés de Mustang II. Les exemplaires authentiques sont difficiles à trouver, les pièces spécifiques sont parfois très rares et plusieurs ouvrages de référence lui consacrent désormais une place importante.
Selon Robert Aldrich, les baguettes latérales en aluminium spécifiques à la Stallion sont parmi les pièces les plus difficiles à trouver en parfait état. Si la plupart des éléments esthétiques peuvent être remplacés par des reproductions ou des pièces d’occasion, ces baguettes restent particulièrement rares, ce qui complique les restaurations fidèles à l’origine.