Lorsqu’on évoque la Mustang, les images affluent immédiatement. Fastbacks des années 60, V8 rageurs, lignes agressives et héritage muscle car. Pourtant, dans ce grand récit, la Mustang II Cobra II occupe une place à part. Souvent moquée, parfois rejetée, elle reste l’une des déclinaisons les plus controversées de l’histoire Mustang.
Pourtant, à y regarder de plus près — et surtout à l’écouter à travers ceux qui la possèdent — la Mustang II Cobra II raconte une toute autre histoire. Celle d’une Mustang née dans une période de rupture. Une Mustang contrainte de se réinventer, mais toujours fidèle à une idée simple : rester désirable, identifiable et profondément américaine.
Parmi les Cobra II encore en circulation aujourd’hui, celle de Braxton, passionné et propriétaire depuis près de 26 ans, incarne parfaitement cette génération trop vite jugée.

Une Mustang née d’un contexte difficile
Pour comprendre la Mustang II Cobra II, il faut revenir au milieu des années 1970. À cette époque, l’industrie automobile américaine traverse une zone de turbulences. Les chocs pétroliers se succèdent, les normes antipollution se durcissent et les gros moteurs disparaissent progressivement.
Dans ce contexte, Ford n’a pas le luxe de l’inaction. La Mustang doit survivre. Ainsi, elle devient plus compacte, plus légère et plus raisonnable. La Mustang II, lancée en 1974, rompt brutalement avec les codes de la génération précédente. Sans surprise, elle déroute une partie du public.
C’est donc dans ce contexte que Ford introduit la Cobra II en 1976. Plus qu’une version sportive au sens mécanique, elle se veut avant tout une réaffirmation visuelle et identitaire.
Qu’est-ce qu’une Mustang II Cobra II, concrètement ?
Avant d’aller plus loin, une mise au point s’impose. Car la Mustang II Cobra II n’est ni une Mustang II classique, ni une véritable déclinaison hautes performances au sens des Shelby des années 60. La Mustang II Cobra II est une version spécifique de la Mustang II produite entre 1976 et 1978. C’est avant tout une version à forte identité visuelle, destinée à redonner une image sportive à la Mustang dans un contexte contraint.
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la Cobra II ne se distingue pas fondamentalement par ses performances, mais par son style et son positionnement.

Motorisations et caractéristiques techniques
La Mustang II Cobra II est proposée avec plusieurs motorisations, selon les années et les marchés :
- 4 cylindres 2.3 L
- V6 2.8 L
- V8 302 ci (5.0 L) — le plus emblématique, mais aussi le plus rare
Cependant, même avec le V8, les performances restent modestes. Les normes antipollution et les réglages de l’époque limitent fortement la puissance, souvent autour de 140 chevaux selon les versions. La Cobra II n’est donc pas une muscle car au sens classique. C’est une Mustang de transition, pensée pour survivre à son époque.
Un package avant tout esthétique
Ce qui définit réellement la Mustang II Cobra II, c’est son package visuel spécifique, immédiatement reconnaissable :
- bandes latérales “COBRA II”
- lettrage massif
- prises d’air décoratives sur le capot
- spoiler avant
- jantes spécifiques selon les versions
- persiennes arrière en option
Ce choix assumé fait de la Cobra II une Mustang volontairement expressive, presque provocante, à contre-courant de la sobriété imposée à de nombreux modèles de l’époque.

Une position unique dans la gamme Mustang
La Cobra II ne remplace pas une Shelby. Elle ne cherche pas non plus à rivaliser avec les Mustang des années 60.
En revanche, elle remplit un rôle précis :
- maintenir l’image sportive de la Mustang
- séduire une clientèle plus jeune
- préserver une continuité visuelle et émotionnelle
Sans la Mustang II — et sans la Cobra II — la Mustang aurait pu disparaître purement et simplement à la fin des années 70.
Cobra II : une Mustang qui assume son look
La voiture de Braxton illustre parfaitement cette philosophie. Sa Cobra II arbore une livrée noire avec lettrages dorés, accompagnée du kit de décors d’usine et des persiennes arrière. Autant d’éléments devenus emblématiques du modèle.
« Avec le decal package, la voiture a une apparence très “loud” qui attire immédiatement l’attention », explique-t-il.
D’ailleurs, ce style marque durablement les esprits. En plus de deux décennies, Braxton n’a jamais croisé une autre Cobra II identique à la sienne dans la vraie vie. Une rareté qui renforce encore son caractère unique.

Une voiture fidèle à ses origines… mais pas figée
Si l’apparence extérieure de la Cobra II de Braxton est restée très proche de l’origine, l’histoire est différente sous le capot. À l’époque, la Cobra II pouvait recevoir un V8 302. Cependant, ses performances restaient bridées par les contraintes de son époque.
Au fil des années, Braxton a fait évoluer sa voiture. L’objectif n’était pas de la dénaturer, mais de l’adapter à sa vision. Transmission modernisée, moteur plus puissant et technologies contemporaines comme l’injection : sa Mustang II Cobra II est aujourd’hui bien plus agréable à conduire.
« Elle roule et se comporte bien mieux qu’à l’origine. »
Résultat : une voiture plus saine, plus vive et plus cohérente avec un usage moderne. Même si elle ne sort plus tous les jours, chaque trajet reste un plaisir.
Une expérience de conduite différente, mais authentique
La Mustang II Cobra II ne joue pas dans la même catégorie qu’une Shelby des années 60. Et c’est assumé. Son plaisir de conduite se situe ailleurs.
Plus compacte et plus légère, elle offre une expérience plus accessible. De plus, sa suspension avant — très appréciée dans le monde du hot rod — contribue à un comportement routier sain.
Mais ce qui frappe le plus Braxton, ce sont les réactions qu’elle suscite.
« Sourires, pouces levés, commentaires… C’est toujours un sujet de conversation. »
Ainsi, la Mustang II Cobra II continue de créer du lien. Elle réveille des souvenirs. Elle raconte une époque.

Une Mustang injustement critiquée ?
Au sein de la communauté Mustang, la génération Mustang II reste souvent critiquée. Trop petite. Pas assez puissante. Trop éloignée de l’esprit originel. Les reproches sont connus. Braxton, lui, prend ces critiques avec recul.
« Je hausse surtout les épaules et j’en ris. Chacun a son opinion. »
En revanche, il souligne un fait difficile à ignorer. Aujourd’hui, dans les rassemblements automobiles, les Mustang II sont devenues bien plus rares que d’autres générations. Là où les Mustang des années 60 ou les Fox Body abondent, la Cobra II se fait discrète. Paradoxalement, cette rareté redonne de la valeur à cette génération longtemps sous-estimée.
Une histoire de passion avant tout
Si Braxton n’a jamais vendu sa Mustang II Cobra II, ce n’est ni par spéculation ni par calcul. C’est avant tout une histoire personnelle. Première voiture. Compagne de ses années d’adolescence. Elle a traversé les époques avec lui.
« Ce qui me manquerait le plus, ce serait de la conduire… ou simplement de la voir dans le garage. »
Une phrase simple. Mais une phrase qui résume parfaitement le lien entre un passionné et sa Mustang.

Une Mustang II pas comme les autres
La Mustang II Cobra II n’est ni une erreur ni une imposture. Elle est le produit d’une époque complexe. Une époque de transition, marquée par de profondes mutations.
À travers des voitures comme celle de Braxton, elle apparaît sous un jour plus juste. Une Mustang différente, certes, mais sincère. Capable de séduire les passionnés. Capable aussi d’interpeller les puristes.
Sur la même période, Ford explora cette génération sous d’autres angles. Notamment avec des versions plus élégantes et bourgeoises comme la Mustang II Ghia. Un autre visage d’une Mustang souvent mal comprise, que nous aborderons prochainement.