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Une vie entière avec la même Mustang cabriolet 1968

Certaines histoires automobiles ne commencent pas le jour de l’achat. Celle de cette Mustang cabriolet 1968 s’écrit bien plus tôt, dans une enfance rythmée par les moteurs, les circuits et une passion transmise de génération en génération.

Pour Jacques, l’automobile n’a jamais été un simple loisir. Elle fait partie de sa vie depuis toujours. Et lorsque cette Mustang entre dans son garage au début des années 1990, elle ne représente pas seulement l’aboutissement d’un rêve ancien, mais le début d’une relation qui va durer plus de trente ans.

Restaurée, entretenue, conduite et partagée en famille, cette Mustang cabriolet 1968 raconte autant l’histoire d’une voiture que celle d’un homme, de son parcours et du temps qui passe.

Une passion qui s’installe dès l’enfance

Né en 1952 dans une famille profondément liée à l’automobile, Jacques grandit dans un environnement où les moteurs, les routes et les véhicules font partie du quotidien. Son grand-père, Jules Godderis, dirige une auto-école et une entreprise de transport à Étampes. Son père s’associe avec lui avant de reprendre l’activité. Pour Jacques, la voiture n’est pas un objet à distance : elle est là, tout le temps.

Très jeune, il apprend à conduire. D’abord assis sur les genoux de son grand-père, puis seul au volant grâce aux doubles commandes, bien avant de pouvoir atteindre les pédales. Avec le recul, il résume cela simplement : il est né avec un volant dans les mains. Les cars de son père l’emmènent aussi sur les circuits. Très tôt, il découvre les 24 Heures du Mans. Là-bas, certains noms s’impriment durablement : Carroll Shelby, les Cobra, les GT40, les Mustang. Le rêve est là, bien présent, même s’il reste encore inaccessible.

Avant que la Mustang ne devienne possible

Les années passent. Faute de moyens, Jacques se tourne vers la moto, plus accessible. Entre 1972 et 1976, il pratique la compétition. Puis la vie suit son cours. Le mariage, les enfants, la maison.

Mécanicien de métier, il n’a pourtant jamais cessé de penser Mustang. Il en parle souvent, y pense encore plus. Sa femme le sait, et cela se ressent jusque dans les cadeaux, souvent liés à cet univers qui l’accompagne depuis si longtemps.

En 1993, une opportunité concrète se présente enfin. Jacques rencontre un garagiste en Vendée, en lien avec un contact basé à Atlanta, spécialisé dans l’importation de véhicules américains. Cette fois, le projet est clair. Ce sera une Mustang cabriolet 1968, avec un V8 et boîte automatique.

Après plusieurs recherches, le bon exemplaire apparaît. La voiture est de première main, entièrement d’origine et mécaniquement saine. L’intérieur porte les traces du soleil de Géorgie, mais la base est solide. Les photos confirment l’impression. La décision est prise. Il ne reste plus qu’à attendre.

La rencontre en décembre 1994

C’est le 14 décembre 1994 que la Mustang arrive en France. Deux jours plus tard, Jacques prend la route à l’aube pour Le Havre, accompagné de son fils de dix ans et d’un ami. Une fois les formalités réglées, direction le quai de l’Europe.

Le contraste avec les photos est saisissant. Le froid, le crachin normand, l’immensité du parking. La Mustang est là, sale, mouillée, presque effacée. Elle semble loin de la Géorgie. Jacques prend le temps. Il tourne autour de la voiture, l’observe, ouvre le capot, vérifie les niveaux, puis tourne la clé. Le moteur démarre sans difficulté. À cet instant, tout s’aligne.

Ils repartent par la route. Les kilomètres défilent. Cinquante, puis deux cent cinquante. Aucun problème. La Mustang rejoint enfin le garage.

Faire connaissance, puis s’approprier la voiture

Les jours suivants sont consacrés aux vérifications. La voiture passe sur le pont, le dessous est sain. Jacques roule un peu, puis la prépare pour l’homologation. Vidanges, allumage, freins. Le passage se fait sans difficulté. À la préfecture de Rambouillet, il obtient un numéro particulier : 289 ZY 78. Un clin d’œil discret, mais assumé.

Très vite, la Mustang s’intègre à la vie de famille. Les sorties du week-end, les rassemblements, les balades deviennent des habitudes. Les enfants montent à bord dès que possible.

Restaurer avec cohérence

Avec le temps, les travaux s’enchaînent. Pas dans une logique de restauration rapide, mais avec une idée constante : respecter l’origine. Grâce à son frère installé à New York et aux voyages réguliers de sa mère, Jacques se procure les bonnes pièces. Moquettes, housses de sièges, capote, tableau de bord.

Les freins avant passent en disques. Une double ligne d’échappement est installée. Puis vient un chantier plus important : la carrosserie. À l’approche du mariage de sa fille, Jacques veut une voiture irréprochable. Avec un ami carrossier, ils entreprennent une peinture complète. Les soirs et les week-ends s’enchaînent. Passages d’ailes, intérieurs de portes, arceau de capote peint en noir. La Mustang retrouve sa couleur d’origine, le Royal Maroon. Le remontage se fait en famille. Chacun aide, notamment pour éviter la moindre rayure. La capote neuve est reposée à deux. Un travail long, exigeant, mais mené avec soin.

Lors des rassemblements, on lui demande souvent s’il a acheté la voiture dans cet état. Jacques répond en montrant ses mains :

Ce sont elles qui ont fait le travail.

Après la carrosserie, le moteur !

Après environ 30 000 kilomètres, en 2008, Jacques décide de refaire le moteur. Le bloc est déposé. Le compartiment moteur est nettoyé et repeint. Les pièces arrivent de Californie. Le moteur passe en première cote de rectification.

Une fois remonté et repeint en bleu, il reprend sa place, toujours avec l’aide de son épouse. Le moteur démarre, le rodage commence. Tout fonctionne parfaitement. La Mustang continue alors de rouler. Région parisienne, Normandie, Bretagne, Vendée. Toujours avec la même approche : utiliser la voiture, sans la dénaturer.

Aujourd’hui, toujours sur la route

À la retraite, désormais installé en Vendée, Jacques roule encore davantage. Il privilégie les routes nationales, celles qui laissent le temps d’apprécier la mécanique et le paysage. D’ici peu, Jacques prendra la route pour un road-trip de plus de 1 200 kilomètres entre la Vendée, la Normandie et la région parisienne.

La Mustang fait toujours partie de la famille. Son fils le sait : elle sera un jour la sienne. Et d’ailleurs, au fil des années, d’autres Mustang ont rejoint l’aventure. Un cabriolet 1966 GT en 2013, puis un cabriolet 2007 V6 en 2019, pour sa femme.

Conclusion

Cette Mustang cabriolet 1968 n’a jamais été figée dans un rôle de voiture de collection. Elle a été entretenue, restaurée, utilisée, toujours avec cohérence. Elle raconte une autre manière d’aborder l’automobile, faite de patience, de continuité et de transmission. Une voiture que l’on ne cherche pas à posséder absolument, mais que l’on accompagne, simplement, au fil du temps.