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Brittley et Project Britney : 23 000 miles plus tard

Deux ans après avoir remporté une Mustang unique créée par Ford et Sydney Sweeney, Brittley aurait pu choisir de la préserver. La sortir seulement le week-end, éviter la pluie, surveiller son kilométrage et laisser à cette voiture très particulière le statut de pièce de collection que son histoire pouvait lui promettre.

Elle a fait exactement l’inverse. Project Britney est sa voiture de tous les jours. Brittley a déjà parcouru environ 23 000 miles à son volant, soit près de 37 000 kilomètres. Elle va travailler avec, traverse l’État de Washington, la gare au fond des parkings pour éviter les coups de portière et prévoit parfois quelques minutes supplémentaires lorsqu’elle prend la route : il n’est pas rare qu’un inconnu l’arrête pour lui parler de la couleur de sa Mustang.

« She’s my daily driver because a car like this with a story just as powerful deserves to be seen and shared. »

Une voiture avec une histoire aussi forte mérite, selon elle, d’être vue et partagée.

Mais pour comprendre pourquoi cette Mustang est aujourd’hui entre ses mains, il faut remonter bien avant le concours organisé par Ford. Avant Sydney Sweeney. Avant Project Britney.

À une autre Mustang, blanche celle-ci, construite en 2005 et baptisée Jane.

Une histoire de famille

Chez Brittley, les Mustang ne sont pas arrivées avec Instagram.

À la fin des années 1970, ses parents en conduisaient déjà lorsqu’ils étaient adolescents. Son père possédait une Mustang 1965 ; sa mère, d’après ses souvenirs, une 1968. Quelques décennies plus tard, la tradition reprend. Lorsque son frère atteint ses 16 ans, leurs parents lui achètent une Mustang V8 2005 noire, dotée d’un intérieur rouge personnalisé. La voiture devient rapidement l’une des plus remarquées de leur lycée.

Brittley reconnaît volontiers être compétitive avec son frère. Sa première voiture était pourtant bien éloignée de cet univers : une Subaru Outback de 1999. Pour une jeune femme qui pratique le ski, elle avait toutes les qualités rationnelles que l’on pouvait attendre d’une première voiture. Elle était pratique, rassurante et adaptée à ses loisirs. Il lui manquait seulement quelque chose.

Le jour où, à 19 ans, Brittley retourne faire le tour des concessions, son choix est déjà fait. Si un vendeur n’a pas de Mustang à lui montrer, elle n’est pas intéressée. Certains tentent de l’orienter vers des modèles jugés comparables. Elle ne bouge pas. Elle essaie plusieurs Mustang, des automatiques, un V6. Puis vient une GT blanche, V8, avec boîte manuelle. Dès le démarrage, elle sait.

Cette Mustang deviendra Jane.

10 000 dollars… ou le faire soi-même

Brittley adore conduire Jane. Cela ne signifie pas qu’elle sait la réparer. À cette époque, elle estime ne guère savoir faire plus que changer une roue. Plus profondément, elle a également intégré une idée qui lui paraît alors presque naturelle : la mécanique automobile appartient aux hommes.

« Mechanics were men, and I was a girl, so how could I possibly fix my own car? »

La réponse arrive brutalement lorsque Jane tombe en panne au milieu de la route. Un garage examine la Mustang et annonce environ 10 000 dollars de réparations. Le père de Brittley n’a pas besoin de beaucoup réfléchir.

« Forget that, bring it home and we’ll do it ourselves! »

Ramène-la à la maison. Nous allons le faire nous-mêmes.

Le problème est sérieux. Un guide de chaîne de distribution s’est brisé à l’intérieur du moteur. Les débris de plastique ont contaminé ou endommagé une grande partie de ses composants internes. Brittley et son père déposent le moteur. Le short block est envoyé dans un atelier spécialisé pour être remis à neuf : pistons, coussinets de bielles et éléments de distribution font notamment partie des pièces remplacées. Père et fille remontent ensuite l’ensemble dans Jane.

Face au compartiment moteur ouvert, Brittley se souvient avoir eu l’impression de regarder un mélange de chirurgie du cerveau et de science spatiale. Puis les choses commencent à avoir du sens. Elle apprend le rôle de chaque composant, comprend progressivement la manière dont ils fonctionnent ensemble et découvre surtout qu’elle aime cette logique. Le chantier dure plusieurs mois.

Une chose la marque davantage encore que la mécanique :

« There wasn’t a second where my dad doubted that I could do something. »

Pas une seule seconde son père ne doute qu’elle puisse y arriver.

Ce que Jane a changé

La réparation de Jane aurait pu rester un souvenir familial, celui d’une panne coûteuse évitée grâce à beaucoup d’huile de coude. Elle devient pourtant autre chose. « Ce que j’ai appris, pas seulement sur les voitures mais aussi sur moi-même et sur ce dont je suis capable, a réellement changé ma vie », explique aujourd’hui Brittley.

Jane n’est d’ailleurs que le début de cette histoire. Depuis, Brittley a remplacé le moteur de sa Subaru, travaillé sur un ancien tracteur diesel des années 1970 et réalisé de nombreuses interventions sur sa Mustang : bobines d’allumage plus performantes, filtre à air K&N, alternateur, démarreur ou encore maître-cylindre d’embrayage.

Son rêve ? Restaurer un jour une Mustang 1965. Exactement le millésime que conduisait autrefois son père.

Jane, elle, est toujours là. Brittley n’imagine pas vraiment pouvoir la vendre tant elle lui associe de souvenirs. Elle est actuellement remisée, notamment parce que les instruments du tableau de bord doivent être remplacés et que son compteur de vitesse ne fonctionne plus. À plus long terme, Brittley imagine déjà une autre étape de cette histoire familiale : que ses futurs enfants puissent un jour conduire Jane lors d’occasions particulières.

D’ici là, la Mustang 2005 sera devenue une ancienne à son tour.

Une publicité au milieu d’Instagram

Des années après l’achat de Jane, Brittley fait défiler son fil Instagram lorsqu’une publicité l’arrête.

La voiture qui apparaît à l’écran est une Mustang GT 2024 unique, créée par Ford avec l’actrice Sydney Sweeney. Son nom : Project Britney. Elle reprend plusieurs codes de la Mustang 1965 de Sydney Sweeney, elle-même surnommée Britney.

Pour l’histoire complète de cette voiture, de sa conception et du partenariat entre Ford et Sydney Sweeney, je vous renvoie à mon article consacré à l’actrice et à sa Mustang 1965.

Ici, une autre histoire commence. La première réaction de Brittley tient en quelques mots :

« That is the most beautiful car I’ve ever seen. »

Brittley

Puis elle lit la suite : cette Mustang sera offerte.

Brittley décide de participer. Et ce qui aurait pu n’être qu’un formulaire rempli avec l’espoir de gagner une voiture va lui demander beaucoup plus de temps qu’elle ne l’imaginait.

Une candidature qui devient autre chose

Pour écrire son texte, Brittley repense à son parcours : enfant, le BMX et la moto tout-terrain ; plus tard, la cuisine professionnelle comme sous-chef, puis l’industrie du jeu vidéo, dans laquelle elle travaille encore aujourd’hui. À cela s’ajoutent la mécanique, les travaux de construction et de rénovation ou encore son van pour chevaux. Autant d’univers dans lesquels les femmes restent parfois minoritaires.

Brittley tient cependant à une nuance importante : elle ne raconte pas une vie marquée par des actes manifestes de sexisme ou de discrimination. Ce qu’elle décrit est plus discret. De petites remarques. Des attitudes. Des signaux qui, pris séparément, paraissent insignifiants mais qui finissent par faire comprendre à quelqu’un qu’il n’est peut-être pas à sa place.

« C’est le genre de harcèlement que l’on ne remarque pas forcément sur le moment, mais qui s’accumule jusqu’à ce que vous ne vous intéressiez plus à quelque chose parce que l’on vous a progressivement convaincu que vous n’aviez rien à y faire », m’explique-t-elle.

En écrivant, Brittley réalise aussi combien sa propre famille l’a protégée de cette logique. Personne chez elle ne lui a expliqué qu’une passion n’était pas faite pour elle. Son père, devant le moteur de Jane, n’avait même jamais envisagé qu’elle puisse ne pas être capable d’apprendre.

Le texte évolue.

Lors de son échange ultérieur avec Sydney Sweeney, Brittley le décrira comme une sorte de « love letter to women ». Mais son message final dépasse cette seule idée : femmes comme hommes peuvent aider les autres à poursuivre ce qu’ils aiment. Quelqu’un qui pense ne pas correspondre au profil attendu peut être, sans même le savoir, la personne qui donnera envie à un autre de continuer.

« There is always room for everyone. »

Il y a toujours de la place pour tout le monde.

« Je n’arrive pas à croire que je n’ai pas gagné »

Selon Lauren Vrazilek, alors impliquée dans la communication du projet chez Ford, environ 5 000 candidatures qualifiées ont été reçues.

Brittley ne se fait guère d’illusions. Les semaines passent après la clôture du concours. De temps en temps, elle lance sarcastiquement à son mari :

« I can’t believe I didn’t win the Sydney Sweeney Mustang. »

Elle n’arrive pas à croire qu’elle n’ait pas gagné la Mustang de Sydney Sweeney. Puis elle rit. Elle est persuadée que cela n’arrivera pas.

Un jour pourtant, alors qu’elle profite sur la terrasse de son travail des premiers vrais rayons de soleil de l’année, une notification Instagram apparaît : Ford souhaite la suivre. Brittley accepte presque instantanément. Puis le doute s’installe : et si c’était un faux compte ?

Et si c’était un faux compte ?

Elle ouvre alors la page officielle de Ford et consulte les profils suivis. Son compte apparaît bien là, juste à côté de celui de Sydney Sweeney. Peu après, Ford lui envoie un message privé pour lui annoncer officiellement qu’elle a remporté Project Britney. Brittley prévient d’abord son mari et sa sœur, puis appelle son père, qui ignorait jusqu’alors qu’elle avait participé au concours. Il découvre donc toute l’histoire d’un seul coup et, à en croire Brittley, se montre peut-être encore plus enthousiaste qu’elle.

L’invitée surprise

Plusieurs visioconférences sont ensuite organisées pour préparer la suite. Lors de l’une d’elles, Brittley apprend simplement qu’un invité de Ford doit les rejoindre. L’écran change.

Sydney Sweeney apparaît.

Brittley reconnaît avoir été un peu impressionnée. Elle retient surtout de l’actrice sa gentillesse, son intelligence et sa volonté d’encourager les femmes.

Elle savait que Sydney avait participé au choix de la gagnante. Mais c’est à cet instant qu’elle réalise pleinement que l’actrice a réellement lu son texte et que son histoire a résonné avec elle.

New York pour la première fois

Ford organise ensuite un voyage à New York pour Brittley et son père. Ni l’un ni l’autre ne sont particulièrement citadins. Brittley est même un peu anxieuse avant leur arrivée, nourrie par l’image d’une ville rapide, intimidante et parfois peu accueillante.

Le séjour prend le contre-pied de ses craintes. Ford les installe dans un hôtel à proximité de Times Square, leur réserve une table dans un restaurant et leur procure des billets VIP pour assister au Tonight Show Starring Jimmy Fallon.

Ils n’ont que deux jours. Ils se rendent aussi au New York International Auto Show. C’est d’ailleurs là que Brittley voit enfin Project Britney autrement que sur un écran. Et, pendant un instant, elle ne la reconnaît même pas ! Sous les éclairages du salon, les effets du vernis chargé de particules de verre font tellement scintiller la carrosserie qu’elle pense regarder une Mustang argentée.

Puis elle comprend. « Elle est dix fois plus belle en vrai qu’en photo », se souvient-elle.

Le premier trajet

Après New York, Ford expédie la Mustang chez un concessionnaire de la région de Seattle, où Brittley vient la récupérer avant de reprendre directement la direction de son travail. Elle se souvient encore très bien de ces premières minutes au volant, d’abord parce qu’elle est franchement terrorisée. À peine sortie de la concession, elle doit s’insérer sur l’une des portions d’autoroute les plus fréquentées de l’État. La visibilité, la position de conduite et les sensations diffèrent suffisamment de sa Mustang 2005 pour qu’elle ne se sente pas encore vraiment chez elle.

Quelque chose d’autre la perturbe : Brittley se sent étrangement brûlante et glacée à la fois. Ce n’est qu’une fois garée qu’elle prend le temps d’étudier l’immense écran du tableau de bord et comprend enfin ce qui se passe. La climatisation souffle à pleine puissance sur ses pieds, le siège chauffant est réglé au maximum et le siège lui-même semble avoir été ajusté pour quelqu’un d’au moins quinze centimètres plus petit qu’elle. Elle en rit aujourd’hui, mais il lui faut alors une bonne vingtaine de minutes pour tout remettre à son goût.

Le trajet suivant se passe nettement mieux. Cette fois, raconte-t-elle, elle a l’impression d’être « the coolest person on Earth ».

Au quotidien, Project Britney porte d’ailleurs un autre nom. Brittley l’a baptisée Daisy. Avec le recul, elle plaisante aujourd’hui sur le fait que « Sydney » aurait sans doute été un choix parfait, puisque la Mustang de Sydney Sweeney s’appelle Britney. Mais Daisy est resté.

23 000 miles plus tard

Depuis qu’elle a reçu Project Britney, Brittley a personnellement ajouté environ 23 000 miles à son compteur, soit près de 37 000 kilomètres. Dans l’ouest de l’État de Washington, le climat suffisamment doux lui permet de l’utiliser pratiquement toute l’année ; seuls quelques jours de neige ou de verglas la poussent généralement à la laisser au garage.

Encore a-t-il fallu commencer par faire de la place dans ce garage : pas question pour elle de laisser une Mustang aussi particulière dormir dehors sous la pluie tout l’hiver. Au quotidien, elle a aussi pris quelques habitudes. Dans les parkings, elle préfère se garer loin des autres voitures pour limiter les risques de coups de portière, quitte à marcher davantage. Et lorsqu’elle part quelque part, mieux vaut parfois prévoir quelques minutes de marge : les réactions autour de la voiture font désormais partie de son quotidien.

Brittley dit être arrêtée presque tous les jours. Certains veulent simplement parler de la couleur ; d’autres reconnaissent immédiatement Project Britney et connaissent déjà une partie de son histoire. Loin de s’en lasser, elle profite généralement de ces rencontres pour raconter comment cette Mustang unique est arrivée jusqu’à elle.

Une Mustang qui ne passe pas inaperçue

L’une de ses rencontres préférées a eu lieu dans une station-service située dans une zone rurale au pied des Cascade Mountains. Un imposant pickup préparé tourne plusieurs fois autour des pompes avant de finir par s’arrêter derrière la Mustang.

Deux hommes l’interpellent alors :

« Is that the Sydney Sweeney Mustang?! We heard someone in the valley won it! »

Ils lui demandent ensuite si elle a déjà fait du rallye avec. La réponse est simple : non, absolument pas. Mais leur enthousiasme la fait sourire.

Lors d’un road trip à travers l’État avec sa sœur, les arrêts et les questions sont si fréquents que celle-ci finit par plaisanter sur le fait qu’elle se sent comme une célébrité. À une autre occasion, une femme l’interpelle depuis sa voiture sur l’autoroute. Et la veille même de notre échange, trois personnes différentes l’avaient encore arrêtée pour complimenter sa Mustang.

Pour Brittley, ces conversations font désormais partie de l’expérience. Elle estime même que Project Britney devient encore plus intéressante lorsqu’on connaît son histoire et les raisons pour lesquelles elle a été créée.

Une seule petite entorse

Project Britney est d’ailleurs restée presque exactement telle que Ford et Sydney Sweeney l’avaient imaginée. Presque, car Brittley lui a tout de même ajouté une petite touche personnelle : un discret autocollant représentant les dancing bears de Grateful Dead sur l’arrière de la voiture.

Elle précise aussitôt, avec amusement, qu’il est chromé, qu’il s’accorde donc plutôt bien avec les roues et, surtout, qu’il est entièrement amovible. Après 23 000 miles, c’est finalement l’une des rares façons dont elle a personnalisé une Mustang qui porte déjà une histoire suffisamment forte pour ne pas avoir besoin d’être transformée davantage.

Faire vivre ce que la voiture représente

Deux ans après le concours, Brittley ne considère toujours pas Project Britney comme un simple trophée. Elle parle plutôt de responsabilité. Pour elle, cette Mustang représente aujourd’hui la même chose que lorsqu’elle a découvert pour la première fois la publicité du concours : continuer à faire ce que l’on aime même lorsque l’on ne correspond pas au profil que d’autres avaient imaginé, traiter avec gentillesse les personnes que l’on rencontre et encourager les autres à poursuivre leurs passions.

Cette logique dépasse largement l’automobile. Brittley travaille toujours dans l’industrie du jeu vidéo, mais dans la branche caritative de son entreprise. Elle participe notamment à des actions de collecte de fonds destinées aux enfants hospitalisés, à des initiatives liées à l’inclusion, à la diversité et à l’équité, ainsi qu’à des réponses apportées lors de crises humanitaires comme les incendies ou les ouragans. Elle décrit d’ailleurs ce poste comme « le meilleur travail du monde ».

Cette même idée se retrouve dans sa manière de vivre avec Project Britney :

« Every time I drive it, I feel that I have a responsibility to uphold what it represents. »

Brittley

Chaque fois qu’elle prend son volant, elle ressent donc la responsabilité de faire vivre ce que cette voiture représente.

Une histoire qui continue sur la route

L’histoire aurait pu s’arrêter en 2024, devant les flashs du salon de New York, avec une gagnante, une actrice et une Mustang unique. Pourtant, c’est peut-être ce qui s’est passé ensuite qui donne finalement tout son sens au projet.

Avant Project Britney, une Mustang appelée Jane avait appris à Brittley qu’un moteur ouvert devant elle n’était ni de la chirurgie du cerveau ni de la science spatiale, mais simplement quelque chose qu’elle n’avait pas encore appris à faire. Cette expérience avait ensuite nourri le texte qui lui permettrait, des années plus tard, de gagner une seconde Mustang.

Aujourd’hui, cette dernière n’est pas cachée sous une housse. Elle roule presque tous les jours, attire les regards, déclenche des conversations et donne à Brittley autant d’occasions de raconter ce qu’elle représente.

Parce qu’à ses yeux, une voiture avec une histoire aussi forte mérite d’être vue et partagée.