Mon expérience avec L’Arbre de fer, le nouveau roman de Michael Connelly, n’a pas vraiment commencé sous les meilleurs auspices.
Depuis plusieurs années, j’ai pris l’habitude de précommander chaque nouveau Connelly en version originale. Cela me permet de travailler mon anglais tout en découvrant ses romans dès leur sortie, sans attendre la traduction française. Après quelques problèmes de livraison avec mon libraire habituel, j’avais cette fois décidé de passer par Amazon. L’enseigne annonçait une livraison le jour même de la parution.
Précommandé près de deux mois à l’avance, Ironwood devait donc arriver tranquillement dans ma boîte aux lettres. Le jour de la sortie passe pourtant sans livraison. Puis quelques jours supplémentaires. Rien de très inquiétant au départ. Mais la date annoncée commence à reculer encore et encore.
Lorsque j’ai vu l’édition française arriver à son tour en librairie, je n’avais toujours pas reçu ma version anglaise. J’ai donc fini par contacter Amazon. On m’a assuré que tout serait fait pour que ma commande me parvienne au plus vite. Deux heures plus tard, la réponse définitive est tombée : commande purement et simplement annulée.
Deux mois de précommande pour finalement regarder sortir la traduction française avant même d’avoir reçu la VO : difficile de faire mieux comme faux départ !
Je me suis donc rabattu sur l’exemplaire français que j’avais entre-temps offert à ma famille. Ce n’était pas exactement ainsi que j’avais prévu de retrouver le détective Stilwell sur Catalina Island. Mais après toutes ces péripéties, il était grand temps d’ouvrir enfin L’Arbre de fer.
Synopsis
« Le sergent-détective Stilwell est affecté sur la pittoresque mais isolée Catalina Island, un havre censé être à l’abri des troubles du continent. Mais ce refuge apparent va très vite devenir le théâtre d’un enchevêtrement mortel — un trafic de drogue intercepté de nuit, un sac abandonné, puis un secret enfoui datant de plusieurs années : la disparition d’une randonneuse dont l’affaire semblait oubliée.
Quand une erreur policière transforme l’opération en fiasco, Stilwell est mis sur la touche. Mais il refuse de baisser les bras. De sa propre initiative, il entame une enquête clandestine, déterminé à découvrir qui a apporté le danger sur cette île.
Quand son enquête croise celle de la détective Renée Ballard, l’affaire prend une dimension inattendue : ensemble, de chaque côté du canal, ils remontent la piste d’un criminel qui se délecte de défier la justice… Un tueur méthodique, imprévisible, prêt à tout. »

Mon avis sur L’Arbre de fer
Avec L’Arbre de fer, Michael Connelly signe une nouvelle fois un excellent polar. Il confirme surtout tout le potentiel de Stilwell, son nouveau personnage apparu dans Nightshade.
Le cadre de Catalina Island apporte toujours quelque chose de particulier à l’univers de l’auteur. Loin de l’immensité de Los Angeles, Stilwell évolue dans un environnement beaucoup plus restreint. Tout le monde ou presque se connaît. Les différentes affaires finissent ainsi rapidement par se mêler aux relations personnelles, aux intérêts locaux et aux petites rivalités.
Le roman démarre très fort et nous plonge immédiatement dans l’action. L’enquête principale ralentit ensuite légèrement, mais Connelly ne laisse jamais son personnage (ni son lecteur) véritablement souffler.
Stilwell doit gérer plusieurs affaires en parallèle, certaines importantes, d’autres beaucoup plus ordinaires en apparence. Elles permettent de maintenir un excellent rythme. Elles donnent aussi davantage d’épaisseur au personnage et à son quotidien de policier sur une île.
Stilwell s’installe à Catalina
C’est d’ailleurs l’une des qualités que j’apprécie particulièrement chez Connelly. Il n’a pas besoin d’enchaîner les rebondissements spectaculaires pour rendre une enquête passionnante. Des procédures, quelques indices, des interrogatoires et le raisonnement méthodique de ses enquêteurs suffisent souvent à maintenir l’intérêt. Les chapitres courts contribuent également à rendre la lecture particulièrement fluide.
Stilwell continue quant à lui de trouver sa place dans la grande galerie de personnages créée par Michael Connelly. Il est observateur, obstiné et doté d’un sens très personnel de la justice. Il partage certains traits avec ses illustres prédécesseurs, ce qui lui permet d’évoluer naturellement dans cet univers. Mais il commence aussi à construire sa propre identité.
Le contexte insulaire contribue beaucoup à cette différence. Catalina n’est pas simplement un décor. L’île influence directement la manière dont les enquêtes sont menées et les rapports entre les personnages.
Ballard et Bosch ne sont jamais très loin
J’ai également beaucoup aimé le crossover avec Renée Ballard. Son intervention ne ressemble pas à un simple clin d’œil destiné aux lecteurs fidèles. Elle trouve naturellement sa place dans l’intrigue. Elle permet aussi de relier la nouvelle série de Stilwell à l’univers que Connelly construit depuis plus de trente ans.
Et forcément, les références à Harry Bosch font leur petit effet. Certaines sont évidentes, d’autres beaucoup plus discrètes. Difficile de ne pas sourire lorsqu’on suit le personnage depuis longtemps.
La fin m’a également surpris. Sans entrer dans les détails pour éviter tout spoiler, Connelly laisse plusieurs éléments dans une situation qui donne clairement envie de retrouver Stilwell rapidement. J’ai refermé le livre avec l’impression qu’une suite ne devrait pas tarder à être annoncée.
Une traduction qui m’a vraiment gêné
Il reste malheureusement un point noir, et pas des moindres : la traduction française.
Peut-être suis-je devenu plus sensible à ce genre de choses parce que je lis habituellement Michael Connelly en anglais. Mais certaines phrases m’ont paru beaucoup trop proches de leur construction originale. Des formulations parfaitement naturelles en anglais deviennent parfois étranges, voire franchement maladroites, lorsqu’elles sont transposées presque littéralement en français.
Cette impression m’a accompagné pendant une bonne partie du roman. Elle a parfois cassé la fluidité de ma lecture. C’est d’autant plus surprenant que le traducteur est expérimenté et connaît parfaitement l’univers de Michael Connelly.
La traduction française est arrivée moins d’un mois après la version originale. On peut donc se demander si des délais particulièrement courts ont pu jouer un rôle. Ce n’est évidemment qu’une hypothèse.
C’est dommage, car il s’agit finalement du principal reproche que j’adresse à L’Arbre de fer. Et il ne concerne pas réellement le roman écrit par Connelly.
Conclusion
Malgré cette grosse réserve concernant la traduction française, L’Arbre de fer reste pour moi une nouvelle réussite de Michael Connelly.
Plusieurs enquêtes progressent en parallèle et le rythme est parfaitement maîtrisé. Catalina Island affirme encore davantage sa personnalité. Cette deuxième aventure confirme surtout que Stilwell a tout ce qu’il faut pour s’installer durablement aux côtés des grands enquêteurs de l’auteur.
La présence de Renée Ballard et les références à Harry Bosch font évidemment plaisir aux lecteurs de longue date. Mais elles ne prennent jamais le dessus sur Stilwell. C’est probablement le plus important. Connelly réussit à connecter ses différents personnages sans empêcher sa nouvelle série de développer sa propre identité.
Et après une fin que je n’avais pas vraiment vue venir, une chose est certaine : j’ai déjà envie de retourner à Catalina Island. Reste maintenant à découvrir ce que Michael Connelly réserve à Stilwell.
Cette fois, en revanche, je réfléchirai peut-être à deux fois avant de précommander la version anglaise…
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