En 1967, la Mustang est déjà devenue un phénomène. Lancée moins de trois ans auparavant, elle s’est imposée comme l’un des plus grands succès de Ford. Pourtant, à Dearborn, certains imaginent déjà une sportive très différente. Deux places seulement, une silhouette basse et surtout un V8 installé derrière les occupants. Son nom : Mach 2.
Reléguée aujourd’hui au rang de concept-car oublié, cette étonnante Ford était en réalité bien plus qu’un simple exercice de style. Des prototypes roulants furent construits. Un prix et des volumes de production furent envisagés, tandis que plusieurs évolutions furent étudiées. Pendant près de trois ans, Ford tenta réellement de donner une suite industrielle à cette sportive à moteur central.

Aux origines de la Mach 2 : Ford cherche l’après-Cobra
De la Mustang I à une héritière de la Cobra
Pour comprendre la Mach 2, il faut revenir au milieu des années 1960, en pleine période « Total Performance » chez Ford. La Mustang connaît un succès spectaculaire, la GT40 s’impose en compétition et la Shelby Cobra approche de la fin de sa carrière.
Ford n’en est d’ailleurs pas à sa première tentative de sportive biplace. Après l’abandon de cette configuration sur la Thunderbird en 1958, le constructeur explore déjà d’autres pistes. En 1962, il dévoile notamment la Mustang I, un petit prototype à moteur central qui ne dépassera jamais le stade expérimental.
Un projet destiné à la production
Le 22 mars 1966, Ford lance un nouveau programme. L’objectif n’est pas de remplacer la Mustang de série, ni de concevoir une nouvelle GT40 destinée à affronter Ferrari au Mans. La filiation avec les programmes d’endurance de Ford est pourtant bien réelle. Ford présente lui-même la Mach 2 comme héritant de la philosophie des Mark II et J-Car, ainsi que de solutions développées sur ses prototypes Ford GT. La future voiture doit toutefois être une véritable sportive routière Ford. Elle pourrait prendre la relève de la Shelby Cobra tout en venant chasser sur les terres de la Chevrolet Corvette. La future voiture doit plutôt devenir une véritable sportive routière Ford. Elle pourrait prendre la relève de la Shelby Cobra tout en venant chasser sur les terres de la Chevrolet Corvette.
Le projet est ambitieux. Ford envisage d’abord un coupé deux places, éventuellement suivi d’un roadster. Une première production de 500 exemplaires est étudiée, puis un rythme de 1 000 à 1 500 voitures par an. Le prix doit rester sous les 7 500 dollars.
La somme est considérable. À titre de comparaison, une Mustang Hardtop équipée du V8 289 coûte alors environ 2 522 dollars. Une Shelby GT350 débute quant à elle à 4 428 dollars. Le plafond envisagé pour la Mach 2 représente donc presque trois fois le prix d’une Mustang V8 ordinaire. Il dépasse aussi d’environ 70 % celui d’une GT350.
La Mach 2 n’aurait clairement pas été une Mustang comme les autres.

D’une mystérieuse Mustang 1966 à la Mach 2
Le programme est confié au Special Vehicles Group dirigé par Roy Lunn, déjà impliqué dans la Mustang I. Il est aussi devenu l’un des principaux artisans du programme GT40. Kar-Kraft, structure spécialisée dans les projets spéciaux de Ford, participe également au développement.
Une Mustang 1966 pour tester le moteur central
Avant de construire la Mach 2 telle que nous la connaissons, les ingénieurs doivent toutefois vérifier si leur idée est réalisable.
La plateforme Mustang 1967 n’étant pas encore disponible, une Mustang convertible 1966 est prélevée pour servir de voiture de faisabilité. Le choix du cabriolet n’est pas anodin. L’absence de toit impose des renforts structurels supplémentaires. Ils offrent une meilleure base pour les importantes modifications nécessaires à l’installation du moteur derrière les occupants.


Une mystérieuse Mustang redécouverte plus de 50 ans plus tard
Cette étrange Mustang expérimentale restera longtemps oubliée. En 2020, des photographies conservées dans les archives Ford intriguent les historiens de la marque. Elles montrent une Mustang 1966 profondément transformée, dont l’identité et la fonction ne sont alors plus connues.
Une partie de ces clichés appartient à la collection des « S-negatives » de Ford. Or, l’index permettant de les identifier avait disparu lors d’une inondation. Une véritable enquête débute alors pour comprendre ce que montrent ces mystérieuses photographies.
Les recherches de Ford et les témoignages d’anciens employés permettent finalement de rattacher la voiture au programme Mach 2. Parmi eux, le designer Bud Magaldi reconnaît un projet sur lequel il avait lui-même travaillé. Le programme était alors mené sous l’impulsion du patron du design Ford, Gene Bordinat.
Lorsque les Mustang 1967 deviennent disponibles, le développement passe à leur nouvelle plateforme. Deux véritables prototypes roulants sont alors construits avec une carrosserie spécifique en fibre de verre, des phares escamotables pivotant dans les ailes avant et des prises d’air aménagées sur la partie arrière. Une voiture rouge est notamment destinée aux présentations et aux essais routiers. Une blanche est davantage orientée vers le développement en compétition.
La Mach 2 est officiellement dévoilée le 24 février 1967, lors du Chicago Auto Show. Ford la présente alors comme une sportive expérimentale biplace destinée à un possible usage routier comme en compétition.

Une Mustang qui n’avait presque plus rien d’une Mustang
Sous sa carrosserie spectaculaire, la filiation avec la Mustang demeure pourtant bien réelle. Ford lui-même insiste sur l’utilisation de nombreux composants provenant de ses modèles de série.
La Mach 2 reprend notamment sa suspension avant, sa direction, ses freins à disque avant et ses tambours arrière. À l’arrière, Ford adopte en revanche une suspension indépendante, rendue nécessaire par la nouvelle architecture.
Le V8 289 ci (4,7 litres) prend place derrière les deux occupants. Il est associé à une boîte-pont manuelle à cinq rapports. Le cahier des charges envisage déjà l’arrivée ultérieure du nouveau V8 351.
Avec environ 1 200 kg sur la balance et seulement 1,19 mètre de haut, la Mach 2 affiche des proportions inhabituelles. Elle n’a visuellement plus grand-chose à voir avec une Mustang traditionnelle.
Son habitacle réserve également quelques particularités héritées de la Mustang I. Les sièges fixes font partie intégrante de la structure. Pour adapter la position de conduite, ce sont les pédales d’embrayage, de frein et d’accélérateur qui se déplacent.
Il ne s’agit surtout pas d’une simple maquette incapable de quitter un stand d’exposition. Les prototypes roulent réellement et sont essayés par des journalistes. En septembre 1969, des photographies montrent même la Mach 2 circulant dans les rues de Detroit.
Une publicité Autolite utilise également l’étonnante sportive pour promouvoir un produit autrement plus banal : son filtre à huile. Elle affirme que Ford aurait dépensé 150 000 dollars pour construire cette voiture expérimentale. La publicité rappelle ensuite avec humour qu’elle utilisait pourtant un filtre Autolite vendu quelques dollars.

Ford a réellement essayé de la produire
Les premiers essais montrent néanmoins les limites du concept. La rigidité torsionnelle pose notamment problème. L’absence de boîte automatique adaptée complique également la perspective d’une commercialisation.
Ford aurait pu arrêter là l’expérience. Il n’en est rien.
Dès sa présentation à Chicago, Ford laisse d’ailleurs entendre que l’histoire ne s’arrêtera pas au salon. Donald Frey annonce que la Mach 2 poursuivra ses essais après cette première apparition, avant que Ford ne décide de la prochaine étape.
Plus d’un an après sa présentation à Chicago, Ford continue d’ailleurs d’exposer la Mach 2. En avril 1968, elle figure au Sports Car Spectacular de Detroit aux côtés de la Mustang Mach I, de la Ford Mark IV et d’une Shelby Cobra GT500.
Mach 2B : Ford tente de rendre le projet viable
La première version, désormais généralement désignée Mach 2A, donne naissance dès l’automne 1967 à une nouvelle étude : la Mach 2B.
L’objectif est de corriger les faiblesses du premier projet tout en facilitant son industrialisation. Ford cherche notamment à utiliser davantage de composants provenant de futurs modèles de grande série. Les Mustang 1971 et Maverick 1970 sont ainsi mises à contribution dans les études.
A.O. Smith est sollicité pour la fabrication des carrosseries en fibre de verre. Une mise en production est alors envisagée pour septembre 1970.
Des motorisations plus puissantes sont également étudiées, parmi lesquelles les V8 351 et même 429 ci. Mais elles font apparaître un problème majeur. Ford doit trouver une boîte-pont capable d’encaisser leur couple sans faire exploser les coûts du projet.
La Mach 2B est finalement abandonnée à l’automne 1968.

Mach 2C : une dernière tentative en 1969
L’histoire n’est pourtant toujours pas terminée. En 1969 apparaît une nouvelle proposition, la Mach 2C, développée sous l’ère de Bunkie Knudsen. Son dessin est notamment associé à Larry Shinoda.
Présentée à la direction en juin, elle se heurte à des coûts jugés trop élevés. Le départ de Knudsen puis celui de Shinoda contribuent à refermer définitivement le dossier.
Quelques années plus tard arrive la De Tomaso Pantera, distribuée aux États-Unis par le réseau Lincoln-Mercury. Elle permet finalement au groupe Ford de proposer une sportive à moteur central sans avoir à industrialiser sa propre Mach 2.

Où est passée la Mach 2 ?
L’histoire pourrait s’arrêter avec l’abandon du programme. Le destin des prototypes ajoute pourtant un dernier mystère.
La voiture de faisabilité de 1966 et le prototype blanc sont considérés comme détruits. Le sort de la Mach 2 rouge est beaucoup moins clair.
Elle continue à apparaître après l’abandon du projet. Sa présence chez Kar-Kraft est encore documentée en mai 1969. Sa trace se perd ensuite.
On ignore si la Mach 2 rouge se trouvait toujours chez Kar-Kraft lorsque l’entreprise ferma ses portes en novembre 1970. Elle pourrait aussi avoir été récupérée par Ford entre-temps.
Aucun document connu ne semble confirmer définitivement sa destruction. Cela ne signifie évidemment pas qu’elle existe encore. Les prototypes Ford étaient régulièrement détruits, modifiés ou réutilisés une fois leur programme terminé. Les archives Ford elles-mêmes ne semblent aujourd’hui pas connaître son sort.
Plus d’un demi-siècle après sa construction, la dernière Mach 2 pourrait donc avoir disparu depuis longtemps. À moins qu’elle n’attende encore d’être redécouverte quelque part…
La Mach 2 n’a jamais rejoint les Cobra et GT40 au panthéon des sportives Ford. Pourtant, son histoire montre à quel point le constructeur était prêt à explorer des directions radicalement différentes. Et cela dès les premières années du succès de la Mustang.
Ce ne sera d’ailleurs pas la dernière fois. Au fil des décennies, Ford imaginera d’autres Mustang sortant complètement du cadre établi en 1964. Certaines iront même jusqu’à ajouter deux portes à la célèbre pony car.

FAQ : tout savoir sur la Ford Mach 2
La Mach 2 est une sportive biplace à moteur central développée par Ford à partir de 1966. Elle utilisait de nombreux composants issus de la Mustang, mais recevait une carrosserie spécifique en fibre de verre. Deux prototypes roulants furent notamment construits et la voiture fut présentée au public en 1967.
Oui. Ford ne considérait pas la Mach 2 comme un simple concept-car. Le constructeur envisageait une première série de 500 exemplaires, puis une production annuelle de 1 000 à 1 500 voitures. Plusieurs évolutions, baptisées Mach 2B et Mach 2C, furent ensuite étudiées avant l’abandon définitif du programme.
Les prototypes Mach 2 de 1967 utilisaient un V8 289 ci de 4,7 litres installé derrière les occupants et associé à une boîte-pont manuelle à cinq rapports. Ford envisageait ensuite des moteurs plus puissants, dont les V8 351 et 429 ci, pour les évolutions du projet.
Non. Malgré des liens techniques et humains avec le programme GT40, la Mach 2 répondait à un objectif différent. Ford voulait créer une sportive routière produite en série, susceptible de succéder à la Shelby Cobra et de concurrencer la Chevrolet Corvette. Elle devait également pouvoir être engagée en compétition.
On l’ignore. La voiture de faisabilité de 1966 et le prototype blanc sont considérés comme détruits. La Mach 2 rouge est encore documentée chez Kar-Kraft en mai 1969, puis sa trace disparaît. Aucun document connu ne confirme toutefois sa destruction, laissant planer un doute sur son sort.