À l’été 1978, quelque part à Riverside au sud-est de Los Angeles. Les néons d’un drive-in éclairement doucement les rangées de voitures américaines venues profiter de la fraicheur de la soirée. A l’écran, Steve McQueen apparaît au volant de sa célèbre Mustang fastback dans une rediffusion de Bullitt pour les dix ans du film. Autour du cinéma en plein air, les V8 ronronnent encore. Les autoradios diffusent Fleetwood Mac ou les Eagles. Les panneaux de toit amovibles de certaines voitures ont été retirés avant même le début de la séance.
Garée face à l’écran, une Mustang II T-roof de 1978 semble appartenir à un autre monde que celle de Frank Bullitt. Plus compacte, moins brutale, moins puissance aussi. Pourtant, elle raconte elle aussi quelque chose de profondément américain. Car à la fin des années 70, les grandes heures des cabriolets semblent déjà loin derrière. Les muscle cars survivent difficilement à la crise pétrolière (nous en parlions dans l’article sur la Mustang II MPG), les normes de sécurité inquiètent les constructeurs, et Ford a supprimé la Mustang décapotable après 1973. Mais les automobilistes américains n’ont pas totalement renoncé au plaisir de rouler sous le ciel californien… Alors Ford va trouver une alternative.
Quand le cabriolet disparaît des routes américaines
Au début des années 70, l’industrie automobile américaine traverse une période de transition brutale. Les moteurs perdent en puissance, les voitures rétrécissent progressivement et les constructeurs craignent de futures réglementations concernant les cabriolets, notamment en matière de sécurité lors des retournements.
Comme beaucoup d’autres modèles américains, la Mustang abandonne donc sa version convertible après 1973. Pour de nombreux passionnés, c’est presque la fin d’une époque. Pendant des années, le cabriolet avait symbolisé les vacances, la Californie, les longues routes côtières, les soirées d’été et une certaine idée de la liberté automobile américaine.
Ford comprend alors qu’il manque quelque chose à sa gamme Mustang II. Pas nécessairement de la puissance. Pas même de la sportivité pure. Mais une sensation. C’est ce que le constructeur va tenter de recréer avec le T-roof.
Le retour du « convertible kick »
En 1977, Ford introduit officiellement le « T-roof convertible » sur la Mustang II hatchback 2+2. Contrairement aux rarissimes versions réalisées par Emess Coach Builders pour créer la Mustang II Classic II décapotable, il s’agit cette fois d’une véritable option proposée par Ford.
Le principe est simple :
- deux panneaux de toit amovibles,
- une barre centrale conservée pour la rigidité,
- une sensation de conduite ouverte proche du cabriolet,
- tout en gardant l’apparence sportive du modèle hatchback.
Les panneaux teintés se retirent en quelques secondes et peuvent être rangés facilement dans le coffre. Plus qu’une innovation technique, Ford vend alors une expérience. Et la publicité de l’époque résume parfaitement l’état d’esprit du constructeur :
« A flame went out when old-style convertibles died. But now I’m all lit up again. »
Ford ne parle plus de performances, mais d’émotions. Une autre publicité annonce d’ailleurs :
« The convertible kick is back »
Tout est déjà là : l’envie d’évasion, le plaisir de conduire différemment et surtout la volonté de faire renaître un sentiment que l’Amérique pensait avoir perdu avec la disparition des « vrais cabriolets ».
Une option chère… mais désirable
En 1977, l’option T-roof coûte 587 dollars sur une Mustang II Cobra II. Une somme importante pour l’époque, preuve que Ford considère cette configuration comme un véritable équipement plaisir et non comme un simple détail esthétique. Il faut reconnaître qu’elle transforme complètement l’expérience de conduite.
La Mustang II T-roof n’est pas une voiture de performance radicale. Ce n’est pas non plus une muscle car spectaculaire comme pouvait l’être la King Cobra avec ses immenses décorations et son style exubérant. Là où la King Cobra cherchait à préserver l’image agressive de la Mustang, la T-roof poursuit un autre objectif : rendre la route plus agréable, plus lumineuse, plus vivante.
Rouler panneaux retirés change complètement l’ambiance à bord :
- le bruit du vent envahit doucement l’habitacle,
- les odeurs de l’extérieur entrent dans la voiture,
- les lumières des villes américaines se reflètent sur la planche de bord,
- et chaque trajet semble soudain un peu moins ordinaire.
La Mustang II T-roof n’essayait pas d’être la plus impressionnante. Elle essayait simplement de rendre chaque trajet un peu plus libre.

Une réponse typiquement américaine aux années 70
Aujourd’hui, il est facile de résumer les années 70 américaines à la crise pétrolière et à la chute des muscle cars. Pourtant, cette décennie reste aussi celle du cruising, des drive-in, des longues aventures californiennes et des voitures conçues pour profiter de l’instant.
Le T-roof s’inscrit parfaitement dans cette culture. Pontiac popularise déjà le concept sur les Firebird Trans Am, notamment grâce au succès de Smokey and the Bandit. Chevrolet suit le mouvement avec certaines Camaro et Corvette. Les constructeurs américains comprennent vite qu’il existe encore une forte demande pour les sensations « open air », même sans véritable cabriolet.
La Mustang II T-roof devient alors une sorte de compromis très américain : plus sûre qu’un cabriolet, plus rigide, plus moderne, mais capable malgré tout de recréer une partie de cette sensation de liberté. Et c’est, me semble t-il, ce qui rend cette version si exceptionnelle aujourd’hui. Elle symbolise une époque où l’automobile américaine essayait encore de conserver une part d’insouciance malgré les changements profonds qui touchaient l’industrie.



Une voiture de plaisir avant tout
Comme beaucoup de voitures à toit amovible des années 70, les T-roof pouvaient présenter quelques défauts tels que des joints vieillissants plutôt mal, des petites infiltrations, des bruits d’air ou encore des ajustements parfois approximatifs. Mais ces compromis passaient souvent au second plan face au plaisir qu’offrait la voiture.
En effet, la Mustang II T-roof n’était pas pensée pour battre des records. Elle était pensée pour profiter d’une soirée d’été, partir voir un film au drive-in, rouler sur une route côtière ou simplement transformer un trajet banal en moment agréable. C’est peut-être ce qui la différencie le plus des voitures modernes.
Aujourd’hui, les automobiles son plus rapides, mieux construites, infiniment plus efficaces. Pourtant, rares sont celles qui parviennent à créer cette sensation particulière : celle d’avoir retiré le toit juste pour profiter de l’air du soir.

Une parenthèse dans l’histoire de la Mustang
Le T-roof restera disponible jusqu’à la fin de la Mustang II en 1978. Quelques années plus tard, en 1983, Ford réintroduira enfin une véritable Mustang décapotable de série.
Avec le recul, la Mustang II T-roof apparait donc comme une transition. Une tentative de préserver l’esprit du cabriolet américain pendant une période où celui-ci semblait condamné. Elle n’était ni la plus puissance des Mustang, ni la plus célèbre. Pourtant, elle raconte quelque chose d’essentiel sur l’automobile américaine des années 70 : cette volonté de continuer à faire rêver malgré les contraintes, les changements et la fin d’une certaine innocence automobile.
La Mustang II T-roof n’était peut être pas un vrai cabriolet. Mais certains soirs d’été, sous les néons d’un drive-in californien, elle pouvait donner l’illusion que le rêve américain roulait encore cheveux au vent.

