Je cours depuis 2018. Pas avec régularité, pas avec obsession, encore moins avec une logique de performance. Je cours comme on respire : par périodes, parfois par nécessité, parfois pour m’échapper. Courir n’a jamais été une passion évidente pour moi. C’est plutôt un outil. Une parenthèse. Un moyen de mettre un peu de distance entre le bruit et moi. Et puis il y a eu ce Semi Marathon du Beaujolais. Pas simplement une course de plus. Pas une ligne sur un calendrier. Quelque chose de différent. Une étape fondatrice.
Avant ça, j’avais bien couru un 10 km au Run In Lyon, en 2018. Une petite course, sympathique, presque anodine avec le recul. Ici, il s’agissait de mon premier semi-marathon. Et pas n’importe où.
Originaire du Beaujolais, il était important pour moi de faire mes premiers pas sur cette distance ici, entre ces vignes, sur ces routes que je connais par cœur. Comme un retour aux sources avant d’envisager la suite.
Je n’aime pas vraiment courir
Autant le dire clairement : je n’aime pas beaucoup courir. Je n’aime pas la répétition, je n’aime pas la contrainte, je n’aime pas l’idée de souffrir pour souffrir. Mais j’aime profondément ce que la course me permet de vivre.
La sensation de liberté, d’abord.
Le fait d’être seul, sans être isolé pour autant.
Les odeurs de la nature, surtout — la terre humide, l’air froid du matin, parfois même le raisin écrasé dans les vignes.
Courir, pour moi, ce n’est jamais une fin en soi. C’est un moyen. Une manière de me déplacer autrement dans le monde, à mon rythme, en silence.
Courir avec un corps imparfait
Si mon rapport à la course a toujours été irrégulier, ce n’est pas un hasard. J’ai commencé à courir en 2018, le temps de midi, au parc de Gerland à Lyon. Puis il y a eu les blessures. D’abord la hanche, ensuite le mollet. Plus tard, en 2023, le genou. Des douleurs sourdes au début, presque discrètes, avant de devenir nettes, impossibles à ignorer.
À chaque fois, la même frustration. L’impression de faire les choses correctement, sans comprendre pourquoi le corps lâche. Puis l’arrêt. Long. Forcé. Entre 2019 et 2021, j’ai quasiment fait une croix sur la course.
Lors de ma reprise en 2022, le scénario se répète. Nouveaux examens, mauvais soins, réponses floues. Jusqu’au jour où mon médecin m’oriente simplement vers de nouvelles chaussures et de nouvelles semelles.
Ça a tout changé.
Aujourd’hui, je cours avec des Brooks Glycerin. La première fois, j’ai eu l’impression de courir sur un nuage. Et ce sentiment est revenu souvent. Plus de confort, moins de douleurs, davantage de confiance. J’ai recommencé à courir sans forcer, en respectant le corps.
Depuis, je fais attention. Je change mes chaussures avant de dépasser les 800 km. Et surtout, j’ai compris une chose essentielle : de bonnes chaussures dépendent de la personne, de sa foulée, de son terrain. Ce qui fonctionne pour moi ne fonctionnera pas forcément pour un autre.

Le Semi Marathon du Beaujolais, une évidence
Le Semi Marathon du Beaujolais, c’est une course à part. On y court entre les vignes, les villages, les châteaux. Les ravitaillements sentent parfois plus le saucisson et le vin que les gels énergétiques. Avant le départ, il y a le vin chaud, les discussions, les encouragements déjà bruyants.
Je redoutais cette ambiance festive. Je suis agoraphobe. Les foules me mettent mal à l’aise. J’avais peur que cela me bloque, que ça nuise à ma course.
Au départ, la crainte se confirme un peu. Je me retrouve à l’arrière du premier sas. Les premiers kilomètres sont davantage marchés que courus. Trop de monde, trop serré. Puis, progressivement, la foule cesse d’être une contrainte. Elle devient un décor. Un bruit de fond presque rassurant.
Finalement, ça se passe bien mieux que je ne l’avais imaginé.
La côte que je n’attendais pas
Il y a un moment précis que je redoutais. Une côte sévère. J’entends des gens parler d’un “mur”. Je crains le pire. Dans ma préparation, je n’ai quasiment fait que du plat, le long de la Saône. Aucune montée digne de ce nom.
Quand la pente arrive, je doute. Puis je fais ce que je peux. À un moment, j’encourage quelqu’un en difficulté :
« Allez, après il y a la descente. »
En réalité, je n’en sais rien. Je ne connais pas le parcours. Lui le connait bien. Il me répond :
« Ça va encore bien monter avant. »
Et pourtant, ça passe. Mieux que prévu. Je double même pas mal de monde. Cette montée qui me semblait insurmontable se déroule sans drame. Comme si le corps, une fois encore, savait faire sans que l’esprit ne s’en mêle trop.
La foule que je craignais
Je n’aime toujours pas les foules. Mais ce jour-là, elles ont joué un autre rôle. Elles ont aidé à passer le temps. Elles ont détourné l’attention de la difficulté. Seuls le départ et les ravitaillements m’ont parfois imposé de marcher.
Le reste du temps, la présence des gens — et surtout des enfants — m’a marqué. Leurs encouragements étaient simples, bruts, sans attente. Juste là pour soutenir.
Rue Nationale, 21 kilomètres, 21ᵉ édition
La fin de course arrive. La descente de la rue Nationale. Une rue que je parcours à pied tous les samedis, pendant les activités de mes filles. Mais ce jour-là, elle est méconnaissable. Il y a du monde partout. À droite, à gauche. Les gens encouragent. Les enfants tendent la main. Je fais systématiquement des high five, presque machinalement.
Et puis, sans prévenir, la gorge se serre. Les larmes montent. Pas par fatigue. Pas par douleur. Mais parce que quelque chose se termine. Et commence en même temps. Je n’ai jamais failli décrocher. Mais à cet instant précis, je comprends que ce Semi Marathon du Beaujolais est bien plus qu’une course. C’est mon premier semi. La 21ᵉ édition. 21 kilomètres. Un symbole, sans doute.

Le chrono et la suite
Mon objectif était simple : être finisher, idéalement sous les 2h15, et surtout ne pas me blesser.
Je termine en 2h04 sur ma Garmin, 2h07 au chrono officiel. Je suis content. Un peu frustré aussi, en me disant que j’aurais pu faire mieux sans l’encombrement du départ. Mais l’essentiel est ailleurs.
Depuis 2018, l’idée d’un marathon flottait quelque part. En 2023, j’y pensais sans vraiment y croire. En 2025, j’ai fixé une date. 2027 sera l’année de mon premier marathon. Un marathon bien précis, dans une ville américaine qui m’attire depuis toujours, sans vraiment savoir pourquoi.
Ce Semi Marathon du Beaujolais est la première pierre. La route est encore longue. Mais elle a désormais une direction.